mardi 27 juillet 2010

araignée du matin...



Bon.
Il fallait que cela arrive.
Problèmes de montage, d'acidulation et donc une pierre qui s'engraisse et s'empâte.
C'était hier.
Dépité.
Ce matin :
Après une nuit sous gomme, je reprends à zéro. Gommage pour enlever, encrage. Puis tout à la pointe sèche je nettoie pendant... 2h30 vignette après vignette retirant l'encre montée et indésirable. Et j'acidule bien fort.
Je laisse sous gomme pendant le repas et hop ! reprise des hostilités.
Je lave la gomme et démarre un ré-encrage. J'en profite pour abandonner mon mélange d'encre américaine et française pour un beau mélange d'encres Charbonnel noir crayon et noir velours.
Et ça passe !
Bon, il y a bien encore quelques empâtements mais rien a voir avec hier et je peux finir mon tirage.


Je profite de chacun des passages pour glisser des étiquettes d'écoliers qui se marouflent à l'endroit nécessaire.
Et voilà.





Je suis parfois si découragé, parfois je voudrais tout arrêter pour regarder les plages et les baigneurs, les marcheurs sur les places de Brasilia.
Trouver un lieu où abandonner mes dessins à de bons lithographes qui m'imprimeraient tout ça sans moi, loin.
N'avoir que la question du dessin, que ça.
J'en rêve.
Mais il faut savoir ce que l'on veut et payer son indépendance de quelques sueurs froides qui donnent finalement la valeur aux réussites.
Alors j'incrimine l'air empli des vapeurs du fuel livré hier et qui vinrent peut-être graisser ma pierre, je vise tous les possibles échecs.
L'encre, la gomme, l'essence de térébenthine, mon nouvel acide nitrique.
Mais qu'importe au fond car l'image au milieu de ses sœurs saura faire oublier cette faiblesse que seulement vous et moi connaissons... chut ....
Et l'araignée je la laisse sur le sol lunaire du sable de grainage. Possible que Guillaume s'en fasse une amie.



lundi 19 juillet 2010

cargo de nuit

Une étape après l'autre, un peu sans surprise sauf peut-être la bande son prodiguée par France Culture qui nous a offert Cargo de Nuit d'Axel Bauer.
Ah... le clip si suggestif de cette chanson qui éveilla bien des désirs secrets de marins, de ports, de cales profondes et mystérieuses.
Vive la marine marchande !
Le montage de la pierre se fit donc sous ce climat torride sans difficulté. Il semble que, peut-être, certains lavis vraiment doux furent légèrement brûlés.
Sans doute un dosage un peu fort dû à mon nouvel acide nitrique pas encore bien dompté.
Pour le reste...
La sueur brûle comme l'acide....

Calage du rouleau noir avec mitaines en cuir...


Litolit brisé d'où s'échappent les bulles d'air. C'est la gomme des lithographes :



video

lundi 12 juillet 2010

un dicopathe ou deux



Aujourd'hui j'ai eu de la chance.
Alors que je dessinais l'émission les lundis de l'histoire sur France Culture était consacrée à l'histoire des dictionnaires et à leurs pratiques critiques.
Il y avait un dicopathe Monsieur Jean Pruvost.
Je me retrouve un peu dans ce vocable mais sans sa grande érudition.
A cette belle émission manquait peut-être la question des images comme réponse et comblement possible à un mot.
Mais alors je comble ainsi à ma manière en vous montrant là où j'en suis car je fais partie des faiseurs.
Comme toujours vous devrez attendre pour trouver le mot de chaque vignette de cette planche. Si vous êtes impatients, vous chercherez ou encore mieux vous inventerez.
Voyez :





Edouard Levé, Œuvres inutiles


Je viens enfin de lire pour de vrai Œuvres d'Edouard Levé.
Je dis pour de vrai car il s'agit bien d'un ouvrage dont on parle beaucoup mais dont on connaît bien plus le principe que la réalité du contenu.
Un livre décrit des œuvres dont l'auteur a eu l'idée, mais qu'il n'a pas réalisées.
Ce principe est trouble et démontre à lui seul l'ambiguïté du projet.
Un livre décrit...
Pas un auteur, non, un livre décrit.
Déjà une distance à la fois sur la responsabilité de l'auteur et sur la forme de l'écriture. Il ne s'agit en aucun cas de littérature mais bien d'une forme de description un rien plate d'actions, d'objets de désirs d'œuvres.
Mais où certains auteurs en se plaçant du côté soit de l'objectivité froide du mode d'emploi, soit dans des jeux de langues débridés formeraient un vrai exercice d'écriture, de littérature, Edouard Levé ne nous propose rien, à peine des fulgurances poétiques mystérieuses que l'on veut bien accepter comme telles pour ne pas trop perdre son temps et jouer le jeu avec lui.
Il ne s'agit donc pas d'un écrivain qui s'amuse ou au moins travaille avec son lecteur mais une sorte d'inventaire cynique d'une grande platitude littéraire. On s'ennuie de cette écriture.
Pourtant au numéro 83 l'artiste pour bien montrer son monde liste les artistes qu'il connaît. Il y a bien Raymond Roussel, Allais et Duchamp. Il y a bien là le moyen d'inscrire sa parenté vers une ironie jouée dans la langue autant que dans les images. Mais le plus pathétique peut-être c'est que dans cette liste figure l'auteur lui-même... On n'est jamais mieux servi que par soi-même à moins que l'auteur soit pour Levé un autre que lui-même. Il se fait donc considérer et reconnaître comme artiste par son propre livre... On appelle cela comment d'après vous ?
Mais parfois les maladies produisent des œuvres et au moins leurs regards nous offrent des visions sur un sujet.
L'art contemporain décrit dans ce livre est d'une pauvreté d'analyse, d'un manque de jubilation, d'une sécheresse de rapport au regardeur absolument incommensurables.
Il y a tellement de propositions et de recettes de monochromes qu'on se demande où Edouard Levé en a vu autant. Toujours il nous explique la cuisine, jamais la manière dont on les regarde les analyse où comment on en jouit.
Car cela il ne sait pas.
Toujours il prend le contre-pied des médiums. S'il s'agit de cinéma, il produit une image fixe, s'il s'agit de photographie, elle est aveuglée. D'ailleurs la photographie est toujours un moyen de constater, jamais le lieu de l'œuvre, chez Levé la photographie est un huissier de justice.
Toujours le spectateur des œuvres est leurré, trompé, empêché. L'inaccessibilité de l'objet d'art est trop souvent l'objet de l'œuvre, ce qui dit beaucoup aussi du rapport une fois de plus de Levé avec l'art.
Quand on ne sait pas jouir...
D'ailleurs son cynisme de sachant cultivé fait de ceux qui font, réalisent, des méprisés. Car finalement ce livre n'est qu'une plainte continue de quelqu'un qui n'a pas su trouver son lieu de création et surtout qui n'a pas eu le courage de l'offrir au monde et aux critiques. En se dégageant ainsi du côté de l'idée et en fermant l'objet artistique uniquement sur son élaboration mentale, il croit avoir saisi le sens de l'art, avoir réduit sa sauce à l'essentiel.
C'est sa profonde erreur car l'œuvre d'art est dans le réel et dans son incroyable présence et cela quel que soit ce réel qui peut bien porter le nom de langage parfois. Et ce ne sont pas les pièces photographiques réalisées par Levé qui permettent de croire à un autre espace de l'artiste puisqu'elles ne sont que froidement et platement la réalisation close d'une idée, d'une image.
Alors je retourne lire Alphonse Allais, Pawlowski. Je retourne surtout lire La Vie mode d'emploi de Georges Perec.
Chez eux, il y a la langue jouée, l'inventivité d'images, la conscience du lecteur et une ironie qui sait aussi s'amuser de soi.
Il y a surtout une œuvre constituée, offerte au monde sans peur sans regret parce que je crois qu'il y a chez eux une nécessité profonde à prendre le risque du réel.
Bartlebooth est le plus grand artiste du monde.
Il existe comme un modèle pour beaucoup d'entre nous qui savent que Perec nous offre avec lui un cheminement et surtout une solution contre l'angoisse.
Et si Angoisse est un village, je ne veux pas juste y passer, mais y rencontrer non pas les portes closes et ses rues vides mais les chiens errants et les mouches.

dimanche 4 juillet 2010

François Caradec et le modèle




Dans ma bibliothèque, vient d'arriver un superbe ouvrage au format un peu déroutant.
Il s'agit de Vignettes, Ornements, Attributs de Commerce, Culs-de-lampe... chez Ramsay/caractère publié en 1986.
Dans l'extraordinaire préface de François Caradec dont on ne présente plus les qualités pataphysiciennes et hurluberluesques, celui-ci nous fait un historique de ces micro-estampes que sont en effet ces petites vignettes superbes fabriquées par des fondeurs pour les imprimeurs afin d'orner à bas prix des livres populaires et autres imprimés.
Le livre reprend la collection de l'un de ces fondeurs, De Berny, avec la même mise en page que celle du catalogue.


C'est tout simplement pour moi une chance.
Évidemment quand vous aurez vu les images des pages vous aurez saisi comment elles peuvent résonner avec mon travail même si je suis d'une certaine manière (conceptuelle) bien loin du projet.
Toujours je m'étonne de la qualité de ces toutes petites gravures sur bois debout et sur leur forme de sécheresse objective.
Puis comme le signale si bien Monsieur Caradec, les rapprochements d'images font surgir aussi ici le rébus d'une poésie de hasard, qui enchanta bien évidemment les surréalistes et pataphysiciens de tout poil.
Reste le troublant anonymat des dessinateurs et graveurs pour la plupart de ces merveilles, reste l'impossibilité pour moi de les détacher des influences duchampiennes ou conceptuelles et la vue, il y a peu du chef-d'œuvre de Joseph Kosuth One and three chair à Madrid me confirme mon goût pour l'incroyable triangulation entre image, objet et langage.
Ce cercle infini qui tourne d'un des points à l'autre sans jamais pouvoir affirmer où se situe le réel a peut-être oublié que la vraie pose, le lieu de retrait possible de ce tourbillon infernal est le dessin.
Partout sur les planches de De Berny je cherche les chaises esseulées, les porte-bouteilles et les broyeuses à chocolat.



Mais mon œil nourri du goût du graveur regarde aussi la richesse des teintes, la finesse des tailles, la qualité de tenue des lignes serrées.
Et quand l'estampe peut se permettre d'être populaire, répétée, usée par l'impression et les regards et que du haut parfois de ces quelques millimètres seulement de taille elle dit le monde passé, alors il faut reconnaître là un projet, une œuvre qui vaut bien les grands faits historiques de l'histoire de l'estampe.
Merci Monsieur François Caradec.







Certaines images sont conseillées pour un usage externe... pourtant il semble bien que l'usage interne serait disons... plus approprié.







Certaines vignettes sont vraiment minuscules, quelques millimètres !
Mon doigt vous donne l'échelle de ces images souvent truculentes.



Une page est uniquement composée de scènes de genre. Il s'agit de miniatures superbes et en voici un travelling.





Les machines à imprimer et l'univers de l'imprimerie sont très fréquents et représentés. Pourtant aucune machine lithographique...
certainement des concurrents trop sévères des machines typographiques !



Les uniformes et livrées côtoient la poésie du hasard où maison rime avec guérison et où les maladies sont à vendre...