mardi 28 septembre 2010

pierre, feu, eau et gaz à tous les étages

Pour dessiner sur une pierre lithographique celle-ci doit être bien sèche. Or, il va de soi qu'un grainage attentif mouille la pierre en profondeur et qu'il est donc impossible de dessiner dessus juste après cette indispensable étape.
Vous reste la solution assez joyeuse de laisser le soleil et l'air ambiant faire le travail pendant que vous dégustez une boisson chaude ou froide, lisez le journal ou écoutez en vous dodelinant votre dernier disque de GrandMaster Flash.
J'ai appris une méthode plus rapide.
Celle qui met en contact quasiment tous les éléments, l'eau, la terre, le feu et... le gaz.
Un bon coup de décapeur thermique à la flamme bleue et hop ! c'est sec !
J'avoue lors de ma première expérience sous les yeux mi-amusés mi-rassurants de Philippe avoir eu un peu peur.
Je n'aime pas beaucoup le gaz...
Mais il faut avouer que l'efficacité du procédé est totale.
Alors voyez comme c'est beau...

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lundi 27 septembre 2010

Messieurs Arroyo, Senefelder and Co

Voilà.
A nouveau un grainage effectué.
Non, vous ne me verrez pas torse nu, en sueur, haletant et mouillé.
Je sais que certains (et même certaines) le réclament mais vous avez eu votre dose pour cette année, rappelez-vous ici.


Je vous propose de regarder un livre avec moi.
Comme ce blog est consacré en grande partie à la pratique de la lithographie, je vous mets sous les yeux certainement l'un des travaux lithographiques les plus importants de la fin du siècle dernier (j'adore dire ça !)
Il s'agit de la suite Senefelder and Co de Monsieur Eduardo Arroyo.
Cette série de 102 (!) lithographies fut éditée à proximité de la date du bicentenaire de l'invention de la technique par Senefelder en 1797.
Monsieur Arroyo, je l'envie, décide de travailler à partir de la mémoire des pierres et des images anciennes encore dessinées dessus.

atelier de lithographie Raynald Metraux.Lausanne (photographie de Jacques Betant)

atelier de lithographie Raynald Metraux. Lausanne (photo de Jacques Betant)

Il fait monter détails et morceaux de ses images d'étiquettes de vin, factures diverses, annonces commerciales et retravaille avec, contre, dessus, sous.
C'est simplement magnifique car il n'y a pas là d'apologie nostalgique mais une vraie appropriation plastique souvent drôle et parfois radicale.
Je me souviens, étudiant, avoir tenté l'expérience de l'impression ainsi de vieux dessins abandonnés et je peux vous dire que c'est difficile techniquement et surtout aussi difficile de ne pas être écrasé par les images déjà souvent fort belles.
C'est donc une belle aventure éditoriale, un défi plastique et une vraie belle réussite.
Les images qui suivent sont tirées du catalogue du Musée Olympique de Lausanne en 1997.
J'aime déjà beaucoup ce livre et j'ai hâte de le faire partager aux étudiants.

Don Quichotte, 1993, Eau-forte
Sherlock Holmes négatif, 1994, 1 couleur

Goethe, 1995, 3 couleurs
Saucisse et saucisson, 1995, 2 couleurs
Maillot jaune, 1995, 3 couleurs

Secrétaire 1, 1993, Eau-forte, photogravure et relief

Angélus, 3 couleurs
Arthur Cravan après son combat contre Jack Johnson, 1994, Xilographie et pointe sèche

L'incroyable Monsieur Arroyo devant sa collection de Boxe.

samedi 25 septembre 2010

enfantina 512

Voici que me reprend l'envie de vous montrer un volume de ma bibliothèque.
Je choisis cet étonnant livre de Graham Oakley qui porte le titre mystérieux de 512.
C'est la couverture représentant des hommes en chapeaux melons et parapluies qui m'a d'abord séduit.
J'y voyais là autant une sorte d'hommage à Magritte qu'à Roland Topor, surtout que la facture du dessin et de la peinture n'est pas bien loin ni de l'un ni de l'autre.
Mais dès que j'ai feuilleté cet album publié en 1981 par Albin Michel, j'ai compris pourquoi celui-ci portait ce titre étrange.
Fractionné en deux par l'horizontale, le livre propose une combinaison d'images venant se coller par la découpe et inventant à chaque combinaison une image des plus fantaisistes.
Sorte d'imagier à la proposition de Raymond Queneau et son incroyable Cent Mille Milliards de Poèmes, le livre propose ainsi, si j'ai bien saisi, 512 propositions d'images combinées possibles.
C'est beau, drôle, et particulièrement étrange parfois.
Le surréalisme est à toutes les pages et je me surprends à même aimer finalement la manière de peindre un peu juste parfois.
On remarque aussi que Oakley propose pour chaque image une proposition réaliste qui pourra être immédiatement contrariée par une page tournée.
Je crois que ces moments réalistes augmentent encore la jubilation du collage fantaisiste et reposent, d'une certaine manière faisant vraiment surgir l'étrange.
On remarque aussi que dans la partie basse, l'auteur dessine un ou plusieurs personnages regardant vers le haut, tour à tour séduits, heureux ou franchement effrayés par la proposition de la partie supérieure de l'image !









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vendredi 24 septembre 2010

rouge, pinceau



Il faut se remettre au travail, attentif à chacun des bruits de la maison.
Il faut donner les cachets, préparer le goûter, passer voir de temps en temps.
Enregistrer la dernière émission de François Chaslin et entendre les dessinateurs de bandes dessinées évoquer leurs dessins publiés, comment on interprète un palmier (Loustal), comment Little Nemo voyage dans les villes de ses rêves.
Ne pas craindre l'orage et son eau mais se réjouir de cette lumière égale qui passe par la fenêtre et donne l'exactitude des couleurs de l'aquarelle.
Si le dessin n'avance pas, la couleur oui.
Chacun son temps.
Il semble qu'aujourd'hui les situationnistes roulent en cabriolet suédois. Qui déborde ?
Les temps changent, je vous dis.





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vendredi 10 septembre 2010

Beirut, je vous écoute



Sous le son du groupe musical Beirut et de l'incroyablement nostalgique Elephant gun, je pose, un peu comme en plein hiver de l'aquarelle sur la dernière lithographie sortie de la presse Marinoni.
Doucement et lentement.
Toujours savoir que la réserve du pinceau ne doit ni être trop grosse ni trop faible et s'étonner toujours aussi que la main réussisse à poser les poils fins sur le motif.
Oui.
Tiens c'est le morceau Nantes maintenant.
Accordéon et trompette.
Beirut, je vous écoute.
Au fait hier j'ai assisté à la métamorphose d'une libellule. Elle a quitté sa peau d'animal vorace et aquatique pour devenir une belle fille de l'air.
Des fois j'envie les libellules.



mardi 7 septembre 2010

come as you are


Les journées de grève permettent toujours au moins d'entendre sur France Culture une sélection musicale des plus remarquables.
Et les bleus de travail sont beaux dans les rues, oui Patrick.
Alors je dédie mes trois heures de tirage à cette journée nationale.
J'ai pour ma part décidé d'arrêter de travailler à 60 ans et d'offrir mon poste à ce moment-là à Madame Béton Court.
Elle sera encore en pleine forme.
Voici donc la nouvelle épreuve sortie sans aucun souci avec, désolé Thomas, le vieux râteau et la vieille carte de Lyon...
25 feuilles en à peine trois heures donc ! Record battu !
On remarquera que, finalement le Stabilo a eu un peu de peine à assurer l'aplat. J'essaierai une acidulation moins forte et un dessin plus chargé la prochaine fois en repassant le feutre plusieurs fois.
Les expériences de ce type sont des moteurs au tirage.
Voilà des images :




vendredi 3 septembre 2010

par l'image animée

J'installe avec plaisir les vidéos sur ce blog et cela doit vous permettre peut-être de mieux saisir les étapes.
Hier j'ai fait l'acidualtion de la pierre ce qui permettra le tirage des épreuves. Mais avant voici l'étape importante du montage que l'on réalise avec un noir spécial, le noir à monter. Cette étape va permettre plusieurs choses :

une solidification du dessin par une nouvelle acidulation plus forte permise par le remplacement de l'encre de dessin par le noir à monter plus solide.

une correction de l'image et son nettoyage si nécessaire.

C'est donc important et délicat. C'est aussi le moment où l'on découvre mieux son dessin, on voit la réalité des lavis.
Sur ces photographies de la pierre on distingue bien le dessin inscrit dans la pierre mais pas encore encré par le noir à monter.




On voit également que les dessins réalisés au feutre permanent sont... permanents !
Effectivement leur encre résiste au mélange térébenthine - essence C qui retire l'encre du dessin.
Cela n'empêchera pas cette encre de recevoir celle du tirage... enfin j'espère !
Sur ce petit film on voit cette étape de l'encrage au noir à monter puis le nettoyage une fois celui-ci terminé.
Une fois le dessin parfaitement monté et protégé, on peut à nouveau le préparer avec une acidulation plus forte qu'on laissera reposer et agir sur la pierre jusqu'au séchage de la gomme arabique.


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mercredi 1 septembre 2010

ils impriment...

Vient toujours ce moment où l'image doit passer de la pierre sur le papier.
Ce moment est toujours délicat.
Il fut un peu trop délicat pour le dessin de Thomas.
Car...
Suite à des étapes rondement menées de préparation et d'encrage je ne suis pas parvenu à régler la machine pour tirer son quasi aplat de noir profond, l'encre refusant obstinément de passer de la pierre sur le papier.
Je ne sais pas pourquoi je l'avoue.
Mauvais râteau, mauvaise carte de Lyon ?
Le changement de râteau effectivement apporta un léger mieux ainsi que le plexiglas utilisé à la place de la carte de Lyon.
Nous n'avons pas eu les mêmes problèmes avec la pierre de Guillaume mais nous en avons eu d'autres...
Cette fois c'est sa gravure dans son fond noir trop fine qui s'est bouchée !
Mais pas de souci pour les craies, il n'y a que rarement des soucis avec les craies me direz-vous.
Enfin malgré nos difficultés nous avons beaucoup appris.
Surtout que nous pouvions travailler ensemble autour de la presse, dessiner ensemble dans un atelier et s'amuser ensemble de nos difficultés.
Et puis voir Thomas et Guillaume à la manœuvre est une des plus belles choses vécues de mon été. Comme confier la barre en pleine tempête.
Ils reviendront.
(vite)
Et auront peut-être une autre machine à dompter mais là... on saura ça très bientôt...

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