samedi 11 février 2017

David Michael Clarke et les gens



Il m'est difficile d'être objectif mais comme personne ne me le demande, je passerai bien volontiers par-dessus cette question.
Je vais vous parler d'un livre comme je le fais parfois ici.
Cette fois, il s'agit d'une monographie d'artiste, celle de David Michael Clarke qui, en plus d'être un ami, est également, ce qui ne gâche rien, un collègue. L'exercice de la monographie est toujours un exercice difficile car pouvant apparaître comme un monument éditorial, une somme, le désir de tout boucler, arrêtant de fait le temps de la création à ce qui fut édité (ou non) dans l'ouvrage. Pas toujours simple donc, d'être certain que l'on a sous les yeux l'ensemble du travail et d'autant plus l'ensemble de la personnalité d'un artiste. Mais ici, l'ouvrage réussit à passer ce cap car d'abord, il est l'œuvre de son artiste, autant catalogue raisonné que livre d'artiste dont le soin apporté à la pagination, à la composition et au graphisme est indéniable.
Quand je pense à David, d'abord, je le vois chanter. C'est une image. Je le vois au concert qu'il avait fait avec Elina Bry et Tristan Lefèvre à Piacé-le-Radieu en 2015. Je ne sais pas pourquoi c'est cette image qui me vient en premier car je pourrais bien en avoir d'autres en tête mais sans doute que celle-ci résume beaucoup de ce qu'il est. Un catalyseur.
Il y a chez David Michael Clarke d'abord une parfaite connaissance de son univers culturel et artistique dont les signes de reconnaissances du rock comme de l'art contemporain sont plus que des petits cailloux blancs sur le chemin. Il cite sans vergogne, faisant jouer son monde avec celui qui l'invite. Et ainsi, le clapier à lapins devient Cité radieuse sans souci. Mais aussi, il réunit autour de lui ceux qui veulent bien lui donner quelque chose : un son, une image, un lieu ou un instant. Le concert est un mot qui lui va bien. C'est ça : il travaille de concert.
D'abord il lui faut analyser ce qu'il y a là et ceux qui vivent là. Il n'hésite pas à faire de cette analyse une réalité qui deviendra par une plasticité solide un objet de relais dont la pertinence souvent amusée et amusante sera le signe même de cette altérité. Je veux dire que si je peux ne pas toujours saisir le cheminement de pensée, j'en comprends toujours l'urbanité qu'elle induit. Ce qui est le plus important c'est que la présence d'une de ses pièces (présence dont d'ailleurs parfois l'art contemporain semble se moquer) est d'abord le signe de sa présence aux autres. J'ai bien dit catalyse.
Ça remue, ça fume, ça bulle, ça durcit, ça transforme.
Un artiste ça parle souvent de lui, lui il converse.
Et le chien, le lapin égaré, le musicien du dimanche, le promeneur de la plage ou le curateur d'exposition sont considérés à l'identique comme des interlocuteurs et des éléments premiers à prendre en charge. C'est ce qui est touchant. Mais cette légèreté apparente, parfois même, je l'avoue pour moi, un peu optimiste, doit toujours permettre d'abord de saisir que ce qui compte et si ce n'est pas finalement la réalisation d'une pièce, mais bien plus la manière dont on se réunit autour, l'artiste sait aussi donner une réalité plastique évidente et claire. Une forme à la fois solide et éphémère, apparaissant, disparaissant et laissant quelques traces dont les plus importantes pour l'artiste sont celles laissées dans les souvenirs de chacun.
Rarement, une monographie d'artiste ne fut aussi pleine de gens de toutes sortes. Des gens, plein les pages.
Alors le livre fait peu de cas de l'artiste comme enseignant. C'est une pudeur. Elle est justifiée. Pourtant, nous qui pratiquons David Michael Clarke comme collègue savons que sa relation aux étudiants est ainsi fabriquée, tentant de trouver dans celui qui l'écoute l'énergie qu'il déploie, laissant la place aux particularités qu'il accueille en n'oubliant pas que l'étudiant est avant tout une personne et pas un miroir. Il attend un écho. Il le reçoit souvent. Il se met en doute. Il sait éviter d'être un chaman ou un héros.
La dernière page de l'ouvrage sur papier rose est remplie en son centre d'un immense cœur noir.
Dans cet aplat d'encre étendue, dans ce noir profond et mat contre ce rose sensuel du papier, dans la courbe pointue de cette forme iconique, il y a tout ce qui résume David Michael Clarke.
Ce cœur est né d'un art populaire, il est une reconnaissance aisée, un amour déclaré et final, une joie, surtout, surtout, oui, une joie.

Just walking the dog
David Michael Clarke
éditions amac, décembre 2016.
isbn-9-782953-580914.

Quelques images qui ne vous donneront que très succinctement la réalité du travail de l'artiste.
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