Voilà que je décide à l'arrivée de l'aide-ménagère de ma mère de prendre la poudre d'escampette et de partir chercher le pain, excuse valable pour respirer un peu. Je mets la radio dans mes oreilles et j'écoute l'émission le book club plus par habitude que par vrai désir mais je fais bien.
Je découvre alors la voix et le travail de Clémentine Mélois et je me reconnais immédiatement dans ses mots, ses références, c'est assez hallucinant. Ponge, Perec ou Closky dont l'émotion dans la voix de Clémentine Mélois à ses lectures me rappelle étrangement moi quand il m'arrive de lire à mes étudiants et étudiantes certains textes qui me touchent. C'est toujours un peu gênant cet épanchement mais c'est aussi bon signe. J'aime la manière dont elle parle d'elle, tranquillement mais aussi assez contente d'elle-même, sans fausse modestie et l'histoire de ses livres est vraiment marrante et joyeuse, surtout l'épisode de la livraison des livres gagnés à un concours. J'aime aussi comment elle passe du léger au plus grave, évoquant tour à tour livres d'enfants et livres d'adulte avec le même sérieux joyeux.
Je fais exprès un tour un peu plus grand que ne l'exige mon chemin pour acheter le pain que j'achète dans une petite zone commerciale dans une boulangerie franchisée qui est la seule qui propose un pain très très cuit. Je ne résiste pas à dévorer un crouton en culpabilisant de livrer à mon domicile un pain ainsi entamé. Je passe à nouveau devant les briques de craie des murs des maisons de ma région et, dans le même temps que Clémentine Mélois évoque les graffitis de la prison de Fresnes, je me souviens (oui oui) je me souviens que j'ai le souvenir d'un projet de faire un relèvement des graffitis faits par les enfants dans ces briques de craie. Coïncidences amusantes.
Alors, en même temps que je marche et que j'écoute me revient à l'esprit que j'avais décidé de vous parler de la découverte de quelques numéros de la revue Le Gaulois du Dimanche dans lesquels sont édités par feuilletons les pages du livre de Raymond Roussel : Impressions d'Afrique.
Ce qui m'amuse c'est que, là dans le carton humide de la foire à tout, je reconnais immédiatement le titre de cette revue et que ma mémoire me rappelle aussi la présence possible de Raymond Roussel dans ces numéros.
Bingo ! Merci Monsieur Ramondot !
J'ouvre la première et je tombe immédiatement sur un passage ! Me prend alors une frénésie de trouver d'autres numéros et je réussis effectivement à en trouver d'autres. Mon frère Christophe, bien patient, me regarde ainsi debout puis à genou éplucher ces vieilles revues que le vendeur me propose pour un euro pièce...je ne peux pas les laisser là dans ce carton. Je m'aperçois aussi lors de cet épluchage que je n'aime pas particulièrement cette période, trop proustienne sans doute, période dans laquelle la Modernité que je chérie tant n'avait fait aucun signe. Même Jules Verne n'est pas là.
Pourtant j'u retrouve certaines pistes que j'aime et qui vont de Selma Lagerloff à Loïe Fuller, des ballons et des automobiles, des stéréoscopes et des...pick-pockets...
Je m'enivre ainsi de mon désir d'avoir au petit matin un signe de Raymond Roussel ainsi publié à titre d'auteur je crois. Il me semble bien que l'écrivain avait payé le journal pour paraitre ainsi en feuilletons et faire connaitre son talent. L'étoile au front. Échec total.
Le pain ainsi entamé, l'émission finit exactement au moment où repart l'aide-ménagère et mon désir de réunir Clémentine Mélois et Raymond Roussel. Voilà qui est fait.
Je vous dédie donc Clémentine Mélois cet article. Et comme vous avez l'air d'aimer autant les images que les textes, je vous en propose quelques unes. je suis certain que vous y retrouverez un certain esprit duchampien, dadaiste, oulipien. Et merci encore pour ce moment radiophonique.
Pour écouter Clémentine Mélois :