lundi 31 janvier 2022

tuer le blanc

Depuis que j'ai pris la décision de colorer (coloriser ?) mes lithographies, j'avais comme méthode de surtout m'occuper du dessin lui-même, c'est à dire de tenir la couleur dans la vignette, en considérant le blanc du papier autour d'elle comme un vide sidéral, métaphysique, suspendant le sens dans une neige conceptuelle : la page.
Mais j'ai eu soudain l'idée de tuer le blanc du papier, du moins, totalement gratuitement, dans un pur esprit décoratif et bavard, de faire de cet espace inusité un vrai chant d'amour, un terrain de jeux.
En contre-partie, je laisserai tant que possible l'encre lithographique continuer de représenter les dessins.
On dirait un flipper, un carrelage, une mosaïque.
La stupeur un rien agacée de mes amis, l'incompréhension de ce désir me font réfléchir.
Ai-je bien fait si ce n'est : n'ai-je pas eu raison ?
Ne me demandez pas quelle logique soutient mes choix ici dans cet exemplaire unique, je n'en sais rien. J'ai joué.
Tout est tout de même parti du dessin en damier des mots autour du verbe croquer. Voilà, c'est parti de là. Une suite logique est survenue, réglant des problèmes de densité, de couleurs complémentaires, de jubilation de ces couleurs comme une explosion joyeuse. Rien de plus.
Tout est à l'aquarelle.
Ah aussi...j'oubliais...j'ai adoré faire ça mais je ne suis pas certain de réitérer l'expérience. Le blanc du papier me convient aussi très bien.
J'attends vos retours.

ps : la nappe au motif de cerise ne fait pas partie de l'œuvre, n'y voyez aucune déclaration conceptuelle sur la présentation de mon travail.








mercredi 13 octobre 2021

Fonctionnaire sur pierre

Voilà les deux dernières lithographies aquarellées. Je vais bientôt arriver au bout du retard et du à rebours.
La dernière fut un peu plus difficile à faire car presque trop encrée ce qui laisse peu de place pour la couleur même si l'aquarelle, étonnement, réussit tout de même à maintenir une force contre le noir.
Bonne visite.
Il me faut vite y retourner !



















lundi 26 juillet 2021

Sous la ville

 Pendant que Walid se charge un instant des articles sur les cartes postales pour cet été, je reprends le fil des livres. Cet article aura la particularité d'être lisible ici et sur le blog consacré à mon travail car il sera question du dessinateur que j'aime tant pour ses livres pour enfants : David Macaulay !

Je vous ai déjà montré ici le très beau et célèbre la reconstruction ou la mort d'un gratte-ciel, ouvrage drôle et inventif sur l'architecture, aujourd'hui je vais évoquer avec vous le superbe Sous la ville.
Acheté la semaine dernière aux Emmaüs, mon volume est une édition de 1982 (1979 pour l'édition originale en anglais), édité aux Deux Coqs d'Or et dans un parfait état.
Nous retrouvons tout de suite dans cet ouvrage le style du dessin de David Macaulay fait de hachures nettes, d'un dessin clair laissant beaucoup de place au blanc du papier. Le dessin, au vue du projet éditorial, se doit d'être limpide car il se veut d'abord didactique. Ici, pas d'envolée lyrique ou de relâchement expressionniste mais le désir de faire comprendre par une grande lisibilité les enjeux du travail : évoquer tout ce qui se cache sous le sol des villes, les réseaux divers, les fondations des immeubles, les architectures camouflées sous les trottoirs. David Macaulay prend le pari de nous rendre visible ce que nous ne percevons jamais ou que par de rares expériences furtives lors d'un chantier et c'est assez difficile et complexe comme idée pour saluer l'ambition et l'ampleur du projet. C'est même, pour des enfants, parfois aride. C'est sans doute pour cela que le dessinateur glisse parfois des petites fèves d'humour dans son réalisme ardu, faisant preuve d'humour à qui sait bien regarder dans les hachures du dessin, glissant des gags et des blagues permettant à l'enfant (ou à l'adulte!) de prouver qu'il a regardé avec attention. Ces surprises deviennent aussi pour la lecture accompagnée un bon moyen d'établir une connivence de lecture entre l'enfant et l'adulte qui liraient le livre ensemble. Pointer du doigt dans une image un détail est toujours un moment de complicité important.
Mais l'ouvrage est aussi incroyablement sérieux, parfaitement documenté, au vocabulaire très précis que le traducteur français Roger Hanoune a dû permettre d'en bien retrouver la saveur française.  À partir d'un coin de rue d'une ville moderne, David Macaulay va pulvériser en quelque sorte la terre pour faire apparaître tout ce qui est dessous et c'est hallucinant ! Pour nous ici, intéressés que nous sommes d'abord par l'architecture, David Macaulay réussit l'exploit de construire de solides forêts de piliers pour nous faire comprendre que l'architecture ne commence pas au trottoir mais s'enfonce dans le sol avec du génie. C'est simplement magnifique cette projection imaginaire qu'il opère. David Macaulay est un grand dessinateur et un grand inventeur d'mages ! Bien entendu, je le conseille à tous les enfants mais aussi à nous les adultes qui pourrons y apprendre aussi beaucoup de choses et comprendre un peu mieux la grande difficulté du travail sur les réseaux dans notre monde urbain. Nous regarderons dorénavant tout chantier avec plus d'acuité et sans doute de patience...
C'est une belle leçon, donnée simplement, avec humour et clarté. C'est un livre merveilleux comme souvent avec David Macaulay. Merci Monsieur.
































lundi 12 avril 2021

la plus belle plage du Nord

 C'est le titre du dernier album publié par Lucas Burtin et Sun Bai aux éditions Soleil d'Hiver par l'intermédiaire de Fidèle-édition.

Je n'irai par quatre chemins, c'est superbe. Tout est tendu, tout tient à des fragilités, des sensations étranges dont on se demande bien, comment avec une telle délicatesse, on peut les ressentir aussi fort. Bien entendu, on connait tous cette nostalgie typique des plages du Nord depuis les chanson de Salvadore Adamo ou à celles de Alain Souchon. Les vides des espaces désertés, l'absence des autres ou l'impression de déambulations partagées sans vrai but, sans vrai sens. Ici, une femme marche, prend un café, rencontre presque peu ceux qui sont restés là aussi. On se demande si la science-fiction affichée l'air de rien dès les premières cases est utile ou, bien mieux, déterminante.

On erre de page en page. Le temps s'étire tout seul, doucement. C'est une bien drôle de promenade à laquelle nous invite les auteurs. Je dirai, qu'avec ce talent, ils sont prêts tous les deux à faire un album sur Marguerite Duras.

La qualité graphique est aussi la responsable de ce sentiment. Tout comme la mise en page et la très très réussie impression en risographie réalisée par Studio Fidèle. Le grain bleu de la riso donne ici tout son sens à ce type d'histoire, quelque chose de poudreux, presque j'oserai poussiéreux comme un léger brouillard de cendre.

Alors, je ne ferai pas semblant non plus de ne pas connaître les auteurs car ils disent haut et fort qu'ils sont diplômés d'une école que je connais bien. Et c'est un honneur de recevoir ainsi la preuve d'une vie un peu partagée, il n'y a pas si longtemps que ça. Merci.

On notera que la couverture sert aussi de traductrice. Délicate et belle attention. Tout est bien tenu, je vous dit.

Précipitez vous si vous aimez les histoires d'amour et la nostalgie iodée d'une plage abandonnée. Ce livre est pour vous.

La plus belle plage du Nord, Lucas Burtin, Sun Bai,

édition du Soleil d'Hiver, distribué par Fidèle. 500 exemplaires prometteurs. 20 euros.

https://soleil-hiver.tumblr.com

https://fidele-editions.com