vendredi 24 avril 2026

Marcher entre Clémentine Mélois et Raymond Roussel

 Voilà que je décide à l'arrivée de l'aide-ménagère de ma mère de prendre la poudre d'escampette et de partir chercher le pain, excuse valable pour respirer un peu. Je mets la radio dans mes oreilles et j'écoute l'émission le book club plus par habitude que par vrai désir mais je fais bien.
Je découvre alors la voix et le travail de Clémentine Mélois et je me reconnais immédiatement dans ses mots, ses références, c'est assez hallucinant. Ponge, Perec ou Closky dont l'émotion dans la voix de Clémentine Mélois à ses lectures me rappelle étrangement moi quand il m'arrive de lire à mes étudiants et étudiantes certains textes qui me touchent. C'est toujours un peu gênant cet épanchement mais c'est aussi bon signe. J'aime la manière dont elle parle d'elle, tranquillement mais aussi assez contente d'elle-même, sans fausse modestie et l'histoire de ses livres est vraiment marrante et joyeuse, surtout l'épisode de la livraison des livres gagnés à un concours. J'aime aussi comment elle passe du léger au plus grave, évoquant tour à tour livres d'enfants et livres d'adulte avec le même sérieux joyeux.
Je fais exprès un tour un peu plus grand que ne l'exige mon chemin pour acheter le pain que j'achète dans une petite zone commerciale dans une boulangerie franchisée qui est la seule qui propose un pain très très cuit. Je ne résiste pas à dévorer un crouton en culpabilisant de livrer à mon domicile un pain ainsi entamé. Je passe à nouveau devant les briques de craie des murs des maisons de ma région et, dans le même temps que Clémentine Mélois évoque les graffitis de la prison de Fresnes, je me souviens (oui oui) je me souviens que j'ai le souvenir d'un projet de faire un relèvement des graffitis faits par les enfants dans ces briques de craie. Coïncidences amusantes.
Alors, en même temps que je marche et que j'écoute me revient à l'esprit que j'avais décidé de vous parler de la découverte de quelques numéros de la revue Le Gaulois du Dimanche dans lesquels sont édités par feuilletons les pages du livre de Raymond Roussel : Impressions d'Afrique.
Ce qui m'amuse c'est que, là dans le carton humide de la foire à tout, je reconnais immédiatement le titre de cette revue et que ma mémoire me rappelle aussi la présence possible de Raymond Roussel dans ces numéros.
Bingo ! Merci Monsieur Ramondot !
J'ouvre la première et je tombe immédiatement sur un passage ! Me prend alors une frénésie de trouver d'autres numéros et je réussis effectivement à en trouver d'autres. Mon frère Christophe, bien patient, me regarde ainsi debout puis à genou éplucher ces vieilles revues que le vendeur me propose pour un euro pièce...je ne peux pas les laisser là dans ce carton. Je m'aperçois aussi lors de cet épluchage que je n'aime pas particulièrement cette période, trop proustienne sans doute, période dans laquelle la Modernité que je chérie tant n'avait fait aucun signe. Même Jules Verne n'est pas là.
Pourtant j'u retrouve certaines pistes que j'aime et qui vont de Selma Lagerloff à Loïe Fuller, des ballons et des automobiles, des stéréoscopes et des...pick-pockets...
Je m'enivre ainsi de mon désir d'avoir au petit matin un signe de Raymond Roussel ainsi publié à titre d'auteur je crois. Il me semble bien que l'écrivain avait payé le journal pour paraitre ainsi en feuilletons et faire connaitre son talent. L'étoile au front. Échec total.
Le pain ainsi entamé, l'émission finit exactement au moment où repart l'aide-ménagère et mon désir de réunir Clémentine Mélois et Raymond Roussel. Voilà qui est fait.
Je vous dédie donc Clémentine Mélois cet article. Et comme vous avez l'air d'aimer autant les images que les textes, je vous en propose quelques unes. je suis certain que vous y retrouverez un certain esprit duchampien, dadaiste, oulipien. Et merci encore pour ce moment radiophonique.

Pour écouter Clémentine Mélois :






























dimanche 19 avril 2026

quelque chose de baba-cool, quelque chose de très beau


 
Non, je n'ai pas crié Hourra ! en voyant cet ouvrage sur la table de ce stand. Je me suis immédiatement projeté dans les interrogations néo-baba-cool de certains et surtout certaines de mes étudiantes et j'ai imaginé que ce livre pourrait bien leur être d'abord utile. En effet, dans notre école des Beaux-Arts, il existe beaucoup d'étudiantes plongées dans les affres moralisantes du sauvetage de la Terre-Mère, de Gaïa, qui pensent d'abord à l'accord entre leur éthique écologiste et leur moyen de production. Il faut que ce soit alternatif, naturel, presque que ça s'excuse d'exister.
Alors, on voit les élèves mi-sorcières mi-laborantines, extraire des plantes ramassées dans la cour de l'école quelques jus marronnasses, quelques boudins de terre crue pour modeler des machins et teinter des feuilles de papier faites d'orties, de roseaux ou de je ne sais quel autre fibre mal broyée formant des feuilles qui ressemblent à des bouses de mammouth aplaties. Je me crois revenu dans ma jeunesse au centre aérée Renault. L'art du XXIème siècle est là parait-il...
Mais voilà que j'ai éprouvé deux plaisirs esthétiques dans cet ouvrage intitulé Connaissances des Teintures Végétales, publié chez Dessain et Tolra en 1980 et dont l'auteur est Eric Figue-Henric. D'abord la très belle photographie de couverture et celles qui illustrent l'ouvrage me rappellent avec nostalgie une certaine époque faite d'explorations, de retour joyeux vers la terre, quelque chose aussi d'éternel, de simple que j'aime beaucoup. Mais surtout le livre propose pour chacune des plantes et des recettes qui s'y attache une illustration très étrange que j'ai immédiatement aimée. L'ouvrage nous indique qu'il s'agit de montages photographiques de Jean-Pierre Bos et d'aquarelles d'Éric Figue-Henric. Les planches botaniques ont donc un aspect très curieux, très libre, très beau et vraiment particulier. C'est magnifique. On perd sans doute un peu parfois de justesse botanique, d'objectivité descriptive de la plante mais on y gagne beaucoup éditorialement parlant, faisant de ce livre de recettes et de conseils un bel ouvrage, étrange et palpitant. La mise en page incroyablement blanche, limpide, directe ajoute à ce sentiment et c'est bien lui qui créa ma pulsion d'achat bien plus que la certitude que ce livre sera pratique et utile à mes étudiants et étudiantes. 
De ce fait...je ne sais plus trop quoi faire avec ce livre...le garder jalousement dans ma bibliothèque comme un livre d'Art pour me réjouir parfois de ces belles illustrations qui sont un exemple assez convaincant de comment la photographie et le dessin peuvent bien former des images ou bien mettre cet ouvrage à disposition des élèves au risque que les pages en soient tâchées des expériences autour des chaudrons improvisés dans les ateliers de l'école ?
Je vais voir...
En attendant, je vous propose d'en voir quelques planches.
Le livre est une sorte de porte ouverte sur une certaine atmosphère d'époque qui me rappelle le plus beau livre d'architecture de ma bibliothèque :

On y retrouve dans la préface de Jean-Pierre Andrevon l'idée du "pas de coté" si chère à notre Gébé et son L'An 1. Préface qui fleure bon le fromage de chèvres, le marché des potiers, la macramé et certaines désillusions à venir à moins que, au contraire, le surgissement de cette nouvelle génération que je fréquente aujourd'hui prouve la persistance de ces idées, un rêve encore possible dans la brume d'un petit matin sur un coteau inondé de lumière et de chants d'oiseaux. Quelque part entre Saint François-d'Assise et Bouddha.
Qui sait ce qu'est devenu le Paradis de Évelyne et Éric Figue-Henric ? On leur souhaite le meilleur.
Bonne découverte :















































lundi 6 avril 2026

Vous avez dit bizarre...

 Ça y est ! La saison des livres pour pas cher est revenue et hier, avec mon frère, nous sommes allés à la Haye-Malherbe pour trouver de quoi nous sustenter et vous proposer une petite découverte.
Dans le cadre de nos amours pour l'Enfantina, voilà que je tombe sur ce petit album à système que je n'avais jamais vu, petit livre bien amusant qui propose des petits gags visuels jouant avec le pliage des pages. C'est croquignolesque, fantaisiste, surréaliste, bien dessiné, bref...tout ce que l'on aime sur ce blog.
Il s'agit donc d'un album intitulé vous avez dit bizarre, édité chez Syros, l'auteur c'est Amato Soro dont je ne sais pas grand chose et pour lequel Internet reste muet...Si vous avez des pistes...
Devant ce genre d'objet éditorial, on peut se poser la question de savoir si nous sommes bien devant un livre spécifiquement pour enfant. Il semble vouloir toucher d'abord un public sensible à cette école de l'absurde quelque soit son âge. Tant mieux ! Nous, on adore ! On aimerait trouver les autres volumes de cette collection. je note que la mise en page de la couverture est signé par Gérard Lo Monaco...serait-ce le Lo Monaco qui a écrit le très beau et complet ouvrage sur les techniques de la gravure en taille-douce, ouvrage absolument génial et complet ? Qui sait...Un bonheur ne vient jamais seul.
Mon édition est en excellent état pour un livre édité et imprimé en 1988 tout de même....
Vingt centimes d'euros bien investi je crois.
Bonne lecture visuelle :