dimanche 25 janvier 2026

douze ans, Albator

 Je continue d'aller aux Emmaüs de St-Pierre-lès-Elbeuf, plus par habitude familiale (j'y vais depuis 1977) que par espérance en des découvertes. Depuis longtemps maintenant, ce lieu a perdu beaucoup de son intérêt et de sa convivialité. Même le Bonjour y est devenu...vintage si on en croit la rareté à le trouver. Bref, comme dit l'autre : "ce n'est plus ce que c'était".

Seul le rayon des livres parfois m'offre encore l'occasion d'une trouvaille. Oh, je vous rassure rien de très important mais au moins parfois une petite découverte qui fait plaisir. C'est le cas avec l'album Albator, la revanche d'Albator dont je vous livre ici quelques images. J'aimais beaucoup Albator à l'époque de sa diffusion, nous avions pile-poil l'âge mes frères et moi. Nous étions encore assez enfants pour s'émerveiller et assez âgés pour en comprendre des enjeux de vie, des constructions morales et admirer aussi le graphisme.

C'est bien d'ailleurs ce qui reste lorsque je feuillette maintenant l'album. J'avoue que l'histoire m'importe peu mais que j'aime y retrouver d'abord les ambiances, les dessins, les couleurs particulièrement ici saturées. Il y a dans certaines planches une profusion décorative, très végétale presque comme des Mucha. El les décors et vaisseaux me font bien encore vibrer. On notera que le nom du dessinateur d'Albator Leiji Matsumoto n'est nulle part écrit dans le colophon. L'album date de 1979 et il est en bon état à part quelques inscriptions enfantines de propriété sur les pages de garde. 

Comme j'imagine de nombreux admirateurs ou admiratrices, je n'ai pas fait grand chose de cet héritage du dessin. Aujourd'hui, je regarde presque mieux qu'à l'époque les qualités graphiques, moins emporté que je suis par les histoires et les aventures du héros. C'est d'ailleurs toujours par cela qu'aujourd'hui que j'entre dans une oeuvre en Enfantina, bien moins donc que par le texte que souvent, je ne prends même pas le temps de lire. C'est assez étrange mais je pense que c'est aussi sans doute ce qui se passe normalement face à un objet éditorial pour lequel l'image et les illustrations sont les portes d'entrée. Le petit plaisir pas cher que m'offre donc cette découverte me ramène à une enfance ou les "Mangas" ( personne ne connaissait ce nom) passaient surtout à la télévision. Albator, Goldorak etc...étaient animés...Et les pages immobiles devaient être bien faites pour concurrencer et rappeler aux jeunes lectrices ou lecteurs le mouvement sur l'écran de la télévision. 

Et la joie vient souvent de l'instant éclair où dans la masse des livres des rayons des Emmaüs, soudain avec mon frère, nous nous reconnaissons dans le livre. Ce moment où notre jeunesse refait surface. Acheter alors l'album c'est surtout comme vouloir maintenir cette reconnaissance, c'est ramener à nous un moment commun. L'objet finalement n'a que peu d'importance, c'est ce qu'il anime en nous qui compte.


























samedi 30 août 2025

Gustave Doré accompagné de Staal, Ferdinandus et Cottin

 Il existe peu de plaisirs plus revigorants que, au petit matin d'un vide-grenier, trouver deux beaux cartonnages du début du XXème siècle dont l'un illustré par l'un des plus grands dessinateurs : Gustave Doré.

En effet, voilà qu'entre dans ma collection d'enfantina, La Légende du Juif-Errant, édition Garnier Frères dont les dessins sont de Gustave Doré. Mon exemplaire est particulièrement bien frais, à part quelques minimes usures de la toile rouge. J'ai même cru à une ré-édition en le découvrant. L'album fut offert en prix de lecture lors d'une distribution de prix en 1903 à un jeune Robert Jeuffrain. Il reçut là un beau cadeau Robert ! Et il fut, lui et sa famille bien soigneux pour que cet album nous arrive en aussi bon état.

On retrouve là tout le talent de notre dessinateur qui, une fois encore, est bien identifié comme tel et non comme graveur, la gravure des bois étant assurée par des interprètes bien nommés et auxquels nous devons rendre hommage : messieurs Rouget, Jahyer et Gauchard. Ils eurent la responsabilité de ne rien perdre de la virtuosité très relâchée et virevoltante du dessin de Gustave Doré. Et ce fut, sans doute, une sacrée responsabilité...Nous aimons ici ne pas oublier ces artisans, véritables interprètes sans qui le message graphique de Doré serait sans doute resté lettre morte. Quel travail ! Quel sacerdoce que de devoir mettre en avant les lignes et de creuser les blancs...

Sinon que dire d'autre que nous n'ayons déjà dit sur ce blog devant la virtuosité de Gustave Doré ici encore démontrée avec force et aussi humour ! Il y a là une galerie de tronches particulièrement drolatiques.  On note des traits plus gras, venant sur-ligner des formes, parfois presque comme des lavis que Victor Hugo n'aurait pas reniés et que les graveurs ont su maintenir avec force. Je remarque que l'encre est très légèrement bleutée, froide ce qui renforce le sentiment de fraicheur de l'édition.

Dans la planche VI, on voit l'ombre du Juif-Errant emplie de figures ainsi que les nuages comme habités de silhouettes étranges. Que c'est beau et audacieux. Il faut donc bien prendre le temps de laisser l'oeil fouiller les images, s'habituer aux traits parfois confus pour que les figures montent des fonds. C'est du très grand Gustave Doré, celui que l'on aime redécouvrir aujourd'hui. 


















Toujours chez Garnier Frères, un autre album exactement du même format, nous donne à lire et regarder les Contes de Madame d'Aulnoy. Là encore l'album est en excellent état. Cette fois, ce n'est plus Gustave Doré qui régale mais un trio formé de Staal, Fernandinus et Cottin pour les huit chromolithographies qui sont, à elles seules, la preuve de la richesse de l'édition de l'époque et un exemple de colorisation par pointillisme (trame aléatoire) qui permettait de faire des couleurs incroyables de sensualité et de vibration ! Que c'est beau et étonnant ! Aujourd'hui, on pourrait faire résonner cela avec de la risographie si à la mode.

Les illustrateurs moins connus ne manquent pas pourtant de virtuosité. Les petites vignettes sont bien menées, à la fois drolatique, joyeuses et précises. On s'amuse tout autant qu'avec Doré. Ils avaient bien de la chance les enfants d'alors d'avoir des livres aussi sophistiqués techniquement et aussi gracieux dans le dessin. Commencer sa vie esthétique avec de telless édition devait tout de même former l'oeil d'une autre manière que la notre.

Pour info (et vous faire perdre la tête) les deux albums me furent vendus pour 10 euros.