dimanche 19 avril 2026

quelque chose de baba-cool, quelque chose de très beau


 
Non, je n'ai pas crié Hourra ! en voyant cet ouvrage sur la table de ce stand. Je me suis immédiatement projeté dans les interrogations néo-baba-cool de certains et surtout certaines de mes étudiantes et j'ai imaginé que ce livre pourrait bien leur être d'abord utile. En effet, dans notre école des Beaux-Arts, il existe beaucoup d'étudiantes plongées dans les affres moraux du sauvetage de la Terre-Mère, de Gaïa, qui pensent d'abord à l'accord entre leur éthique écologiste et leur moyen de production. Il faut que ce soit alternatif, naturel, presque que ça s'excuse d'exister.
Alors, on voit les élèves mi-sorcières mi-laborantines, extraire des plantes ramassées dans la cour de l'école quelques jus marronnasses, quelques boudins de terre crue pour modeler des machins et teinter des feuilles de papier faites d'orties, de roseaux ou de je ne sais quel autre fibre mal broyée formant des feuilles qui ressemblent à des bouses de mammouth aplaties. Je me crois revenu dans ma jeunesse au centre aérée Renault. L'art du XXIème siècle est là parait-il...
Mais voilà que j'ai éprouvé deux plaisirs esthétiques dans cet ouvrage intitulé Connaissances des Teintures Végétales, publié chez Dessain et Tolra en 1980 et dont l'auteur est Eric Figue-Henric. D'abord la très belle photographie de couverture et celles qui illustrent l'ouvrage me rappellent avec nostalgie une certaine époque faite d'explorations, de retour joyeux vers la terre, quelque chose aussi d'éternel, de simple que j'aime beaucoup. Mais surtout le livre propose pour chacune des plantes et des recettes qui s'y attache une illustration très étrange que j'ai immédiatement aimée. L'ouvrage nous indique qu'il s'agit de montages photographiques de Jean-Pierre Bos et d'aquarelles d'Éric Figue-Henric. Les planches botaniques ont donc un aspect très curieux, très libre, très beau et vraiment particulier. C'est magnifique. On perd sans doute un peu parfois de justesse botanique, d'objectivité descriptive de la plante mais on y gagne beaucoup éditorialement parlant, faisant de ce livre de recettes et de conseils un bel ouvrage, étrange et palpitant. La mise en page incroyablement blanche, limpide, directe ajoute à ce sentiment et c'est bien lui qui créa ma pulsion d'achat bien plus que la certitude que ce livre sera pratique et utile à mes étudiants et étudiantes. 
De ce fait...je ne sais plus trop quoi faire avec ce livre...le garder jalousement dans ma bibliothèque comme un livre d'Art pour me réjouir parfois de ces belles illustrations qui sont un exemple assez convaincant de comment la photographie et le dessin peuvent bien former des images ou bien mettre cet ouvrage à disposition des élèves au risque que les pages en soient tâchées des expériences autour des chaudrons improvisés dans les ateliers de l'école ?
Je vais voir...
En attendant, je vous propose d'en voir quelques planches.
Le livre est une sorte de porte ouverte sur une certaine atmosphère d'époque qui me rappelle le plus beau livre d'architecture de ma bibliothèque :

On y retrouve dans la préface de Jean-Pierre Andrevon l'idée du "pas de coté" si chère à notre Gébé et son L'An 1. Préface qui fleure bon le fromage de chèvres, le marché des potiers, la macramé et certaines désillusions à venir à moins que, au contraire, le surgissement de cette nouvelle génération que je fréquente aujourd'hui prouve la persistance de ces idées, un rêve encore possible dans la brume d'un petit matin sur un coteau inondé de lumière et de chants d'oiseaux. Quelque part entre Saint François-d'Assise et Bouddha.
Qui sait ce qu'est devenu le Paradis de Évelyne et Éric Figue-Henric ? On leur souhaite le meilleur.
Bonne découverte :















































lundi 6 avril 2026

Vous avez dit bizarre...

 Ça y est ! La saison des livres pour pas cher est revenue et hier, avec mon frère, nous sommes allés à la Haye-Malherbe pour trouver de quoi nous sustenter et vous proposer une petite découverte.
Dans le cadre de nos amours pour l'Enfantina, voilà que je tombe sur ce petit album à système que je n'avais jamais vu, petit livre bien amusant qui propose des petits gags visuels jouant avec le pliage des pages. C'est croquignolesque, fantaisiste, surréaliste, bien dessiné, bref...tout ce que l'on aime sur ce blog.
Il s'agit donc d'un album intitulé vous avez dit bizarre, édité chez Syros, l'auteur c'est Amato Soro dont je ne sais pas grand chose et pour lequel Internet reste muet...Si vous avez des pistes...
Devant ce genre d'objet éditorial, on peut se poser la question de savoir si nous sommes bien devant un livre spécifiquement pour enfant. Il semble vouloir toucher d'abord un public sensible à cette école de l'absurde quelque soit son âge. Tant mieux ! Nous, on adore ! On aimerait trouver les autres volumes de cette collection. je note que la mise en page de la couverture est signé par Gérard Lo Monaco...serait-ce le Lo Monaco qui a écrit le très beau et complet ouvrage sur les techniques de la gravure en taille-douce, ouvrage absolument génial et complet ? Qui sait...Un bonheur ne vient jamais seul.
Mon édition est en excellent état pour un livre édité et imprimé en 1988 tout de même....
Vingt centimes d'euros bien investi je crois.
Bonne lecture visuelle :






























jeudi 26 février 2026

deux Cobras qui écrivent et un Martin qui dessine

 Je me suis dit : "dis-donc c'est bien délicat !"
Oui, c'est ce que je me suis dit en voyant ce livre la première fois. Et comme ce n'était pas très cher, je l'ai acheté. Par pour l'auteur du texte, Dekobra, dont je me fiche comme d'une guigne (peut-être à tort) mais bien pour les illustrations dont j'ai reconnu vaguement ce style entre Art Nouveau, Art déco et ligne claire qui fait immanquablement penser à Tintin. C'est d'une très grande élégance ce dessin de Charles Martin.
J'avoue que je ne connaissais pas ce dernier mais je fus très frappé par mon immédiate adhésion à son style épuré, gracieux, minimal et sensuel qui s'exprime ici dan un ouvrage dont l'érotisme à peine camouflé nous indique immédiatement le public concerné. Il y a même même un peu de lesbianisme.
Oui, c'est sensuel...
La fiche Wikipédia me donne le minimum d'informations et me replace bien Charles Martin dans son époque. Cela me suffit au fond pour avoir l'impression impérieuse que je me devais d'avoir cet exemplaire de Le Voyage sentimental de Lord Littlebird dans ma bibliothèque. Une pépite délicate, un bijou un peu tendre, une sucrerie au bord du mièvre mais qui me ravie comme une dragée.
Mon édition est un peu fatiguée mais reste correcte (surtout pour ce que je vais en faire) et elle date de 1919. 
Et ça nous changera des livres pour enfants dont je vous abreuve depuis longtemps. Je ne crois pas que je prendrais la peine de lire le texte pour saisir si Martin a fait là un beau travail d'illustration. J'en suis déjà convaincu. Tout comme moi, je suis certain que vous y serez sensibles.
Posez vos yeux maintenant...
Attention...les dessins sont bien plus petits que ce que mes images vous donnent à voir ici.