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vendredi 8 juillet 2016

Les noms propres

Il fallait bien que l'on y arrive !
Philippe Martin était encore enseignant en gravure lorsqu'il m'invita à réaliser sur la très grande presse Artley, l'édition d'une estampe géante de 118 par 160 cm. Nous avions décidé tous les deux que je commencerais à m'occuper des noms propres de mon dictionnaire Larousse pour rompre un peu, vu l'exception de cette image, le travail habituel sur les noms communs. Quatre grands zincs (50 par 70 cm) sont donc gravés en taille-douce proposant de faire une illustration pour les noms propres n'ayant pas d'illustration dans la même méthode que pour les lithographies. La méthode et la contrainte sont donc les mêmes que pour les lithographies.
Évidemment un tel tirage sur un tel format réclamait une organisation sans faille, ce que nous avons pu enfin mettre en place cette semaine. L'équipe de choc était constituée de Philippe Martin, Eddy Dumont, Fabien Yvon et votre serviteur. Philippe Martin et Fabien Yvon assurèrent le premier essuyage puis je venais finir par le paumage pour que les quatre planches soient finalisées par la même main. Le papier mouillé la veille, la presse Artley bien réglée, l'énergie de tout le monde permirent de faire les dix feuilles en une journée et demie !
À part quelques duretés dans le passage en presse, le plateau de la Artley venant frotter sur le châssis de la presse, tout se passa bien. Pour les spécialistes, nous avons utilisé de l'encre Charbonnel Aqua-wash qui fit merveille.
Les tirages sont au séchage, vous pourrez donc les voir de visu ou sur ce blog plus attentivement plus tard. Mais je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous les beaux moments de ce tirage.
Les estampes sont en vente.
C'est un petit tirage sur ce format exceptionnel. 8 épreuves seulement. Dépêchez-vous !
L'une d'elles, comme pour les planches lithographiques, sera mise en couleur à l'aquarelle cet hiver.
On notera que trois générations de graveurs travaillèrent ensemble. La main connaît bien sa famille, les gestes connaissent bien leur histoire et savent se retrouver, toujours.
Je remercie l'école des Beaux-Arts de Rouen pour la mise à disposition de ses moyens de production. Je remercie Philippe Martin pour ce désir et l'occasion de le réaliser. Sans la disponibilité de Fabien rien n'aurait été possible. Merci à Eddy Dumont pour son accueil et son aide (et le café !)
En art, je ne crois pas au projet, je ne crois qu'en la pratique. Je ne crois pas aux chimères, je ne crois qu'à la présence dans le réel. Faire est le moyen de voir. Son moyen, son outil.

Une vidéo pour voir cette manipulation :



Préparation du papier :
 


















Encrage et pose des plaques :



























Soulèvement d'une épreuve :








































Rangement et séchage des épreuves :






dimanche 29 décembre 2013

Bombe et pierre, Fabien et David

Fabien Yvon est venu à l'atelier pour tenter une expérience intéressante.
Il aime souvent ainsi mettre en jeu les principes techniques et plastiques pour former des signes, des formes, des dessins qui, au-delà de la simple application d'une recette, débordent leur origine pour fabriquer des images.
Ici, le principe perçu comme valide pour Fabien était celui du dépôt d'une matière, d'une couche sur la pierre lithographique. En s'appuyant sur l'expérience des papiers marbrés, en jouant de l'opposition si lithographique du gras et de l'eau, l'artiste décida d'abord de constituer ce dépôt sur une surface d'eau. La bombe de peinture venant produire par jets successifs une surface sur la surface, un  peau délicate posée et flottante sur l'eau.
L'opération difficile étant à la fois de constituer une forme et de venir avec la pierre grainée la sucer sur la pierre. J'avoue avoir douté de cette possibilité jusqu'à ce que Fabien, d'une manière absolument naturelle, maîtrisant son geste, soit venu aspirer cette peau de peinture sur sa pierre !
Ne rester plus qu'à faire une lithographie normale de cette expérience : acidulation, préparation, montage et tirage...
Mais nous ne savions rien de la résistance de ce dépôt de peinture cellulosique à la gomme arabique acidulée à l'acide nitrique, ni même de résistance de la gomme à l'acétone.
Nous avons fait comme si !
Certes le tirage ici est certainement un peu fermé par rapport à l'image sur la pierre. Il faudra revoir la fermeté de l'acidulation ou l'acétone comme mode de retrait qui vient sans doute graisser un rien par l'enlevage la surface de la pierre. Mais tout de même ! Cela est extrêmement prometteur ! Les délicatesses du grain, les jeux de valeurs sont bien là même si les photographies ne rendent pas tout à fait les qualités des tirages. Il s'agissait aussi pour Fabien de maîtriser encore plus justement les techniques de préparations et de tirage lithographique. Ce qu'il a su faire, comme toujours, avec une inquiétude calme et mesurée.
Je vous laisse regarder le film de cette expérience.
Nul doute que l'ambition de Fabien sera une énergie suffisante pour faire à nouveau la route vers l'atelier un rien froid cet hiver. On en reparlera !






















mercredi 29 mai 2013

Avec un D comme Degas, Danse, Dessin.


Je viens de finir.
Finir deux choses différentes et pourtant qui se rejoignent.
D'abord je viens de terminer la pose de la couleur sur la planche de mon complément du dictionnaire Larousse réalisée il y a bien longtemps en gravure et dont je n'avais pas eu le courage d'établir le tirage définitif.
Fabien a joué parfaitement le rôle du taille-doucier et m'a imprimé cette planche un peu particulière car n'étant pas en lithographie. Mais sa réelle particularité sera d'avoir été tirée par Fabien dont les qualités techniques sur une planche d'une telle taille et d'une telle variété de gravure font merveille.
Alors voici, à votre lecture sagace les résultats de cette mise en couleur. Et soyez certains que cette planche est déjà partie chez qui de droit.
Mais je viens aussi de finir une lecture incroyable. Je viens de lire le très beau et intelligent Degas, Danse, Dessin de Paul Valéry.
Mais pourquoi ai-je mis autant de temps à lire cette évidence ?
Et si je n'avais vu dans un catalogue où figurent des dessins d'Alexis Pernet une citation de ce livre je n'aurais jamais parcouru cet ouvrage qui dit en un condensé pur et véridique la réalité du travail du dessin, du regard du dessinateur.
Bien entendu, il est assez drôle que ma distance avec l'œuvre de Degas, je veux dire sa distance conceptuelle, me permette tout de même de me retrouver dans les propos de Valéry sur ce grand artiste.
Quelle lucidité ! Quelle langue et même quel humour ! Car le portrait que Valéry fait de Degas nous le montre souvent dans une intimité particulière et nous dresse un caractère bien trempé mais sert surtout l'occasion pour le poète de faire la chanson du dessin. La phrase est belle, les raccourcis inouïs et surtout l'amour du réel perçu par les sens est le chemin de la compréhension de l'art. Et une clairvoyance sur l'art moderne.
Mon édition est de 1938, il aura fallu attendre 75 ans pour que mon œil glissant à nouveau sur des signes et de l'encre m'offre la vie de ce livre. C'est seulement à ce moment-là que les livres vivent.
Je vous offre ce très beau moment :
" Je ne sais pas d'art qui puisse engager plus d'intelligence que le dessin. Qu'il s'agisse d'extraire du complexe de la vue la trouvaille du trait, de résumer une structure, de ne pas céder à la main, de lire et de prononcer en soi une forme avant de l'écrire ; ou bien que l'invention domine le moment, que l'idée se fasse obéir, se précise, et s'enrichisse de ce qu'elle devient sur le papier, sous le regard, tous les dons de l'esprit trouvent leur emploi dans ce travail, où paraissent non moins fortement tous les caractères de la personne quand elle en a."
Paul Valéry
Degas, Danse, Dessin
Gallimard 1938.


















dimanche 12 mai 2013

à cache-cache en lithographie

Il arrive qu'une lithographie devienne un lieu dans lequel on ait envie de cadrer à nouveau des paysages.
Fabien Yvon, hier, a dessiné et préparé sa lithographie puis nous avons fait le tirage. Dans cette image sombre et tempétueuse, il a désiré ainsi opérer par une méthode, ma foi, assez inattendue en jouant avec des masquages et des recadrages.
Fabien a donc fabriqué des caches lui permettant de sélectionner lors du tirage et du passage sous presse, les "moments" de son image.
Une sorte de monotype lithographique qui lui a permis aussi en réutilisant cette fois l'encre sur les caches de faire une image en deux tons...
Je vous le disais hier, il a de la suite dans les idées...
Regardons cela ensemble, et, oui, c'est beau.



















On peut même faire deux passages en un seul !





Et utiliser le cache comme matrice...







Et rêver à des sculptures ou des architectures....