Non, je n'ai pas crié Hourra ! en voyant cet ouvrage sur la table de ce stand. Je me suis immédiatement projeté dans les interrogations néo-baba-cool de certains et surtout certaines de mes étudiantes et j'ai imaginé que ce livre pourrait bien leur être d'abord utile. En effet, dans notre école des Beaux-Arts, il existe beaucoup d'étudiantes plongées dans les affres moraux du sauvetage de la Terre-Mère, de Gaïa, qui pensent d'abord à l'accord entre leur éthique écologiste et leur moyen de production. Il faut que ce soit alternatif, naturel, presque que ça s'excuse d'exister.
Alors, on voit les élèves mi-sorcières mi-laborantines, extraire des plantes ramassées dans la cour de l'école quelques jus marronnasses, quelques boudins de terre crue pour modeler des machins et teinter des feuilles de papier faites d'orties, de roseaux ou de je ne sais quel autre fibre mal broyée formant des feuilles qui ressemblent à des bouses de mammouth aplaties. Je me crois revenu dans ma jeunesse au centre aérée Renault. L'art du XXIème siècle est là parait-il...
Mais voilà que j'ai éprouvé deux plaisirs esthétiques dans cet ouvrage intitulé Connaissances des Teintures Végétales, publié chez Dessain et Tolra en 1980 et dont l'auteur est Eric Figue-Henric. D'abord la très belle photographie de couverture et celles qui illustrent l'ouvrage me rappellent avec nostalgie une certaine époque faite d'explorations, de retour joyeux vers la terre, quelque chose aussi d'éternel, de simple que j'aime beaucoup. Mais surtout le livre propose pour chacune des plantes et des recettes qui s'y attache une illustration très étrange que j'ai immédiatement aimée. L'ouvrage nous indique qu'il s'agit de montages photographiques de Jean-Pierre Bos et d'aquarelles d'Éric Figue-Henric. Les planches botaniques ont donc un aspect très curieux, très libre, très beau et vraiment particulier. C'est magnifique. On perd sans doute un peu parfois de justesse botanique, d'objectivité descriptive de la plante mais on y gagne beaucoup éditorialement parlant, faisant de ce livre de recettes et de conseils un bel ouvrage, étrange et palpitant. La mise en page incroyablement blanche, limpide, directe ajoute à ce sentiment et c'est bien lui qui créa ma pulsion d'achat bien plus que la certitude que ce livre sera pratique et utile à mes étudiants et étudiantes.
De ce fait...je ne sais plus trop quoi faire avec ce livre...le garder jalousement dans ma bibliothèque comme un livre d'Art pour me réjouir parfois de ces belles illustrations qui sont un exemple assez convaincant de comment la photographie et le dessin peuvent bien former des images ou bien mettre cet ouvrage à disposition des élèves au risque que les pages en soient tâchées des expériences autour des chaudrons improvisés dans les ateliers de l'école ?
Je vais voir...
En attendant, je vous propose d'en voir quelques planches.
Le livre est une sorte de porte ouverte sur une certaine atmosphère d'époque qui me rappelle le plus beau livre d'architecture de ma bibliothèque :
On y retrouve dans la préface de Jean-Pierre Andrevon l'idée du "pas de coté" si chère à notre Gébé et son L'An 1. Préface qui fleure bon le fromage de chèvres, le marché des potiers, la macramé et certaines désillusions à venir à moins que, au contraire, le surgissement de cette nouvelle génération que je fréquente aujourd'hui prouve la persistance de ces idées, un rêve encore possible dans la brume d'un petit matin sur un coteau inondé de lumière et de chants d'oiseaux. Quelque part entre Saint François-d'Assise et Bouddha.
Qui sait ce qu'est devenu le Paradis de Évelyne et Éric Figue-Henric ? On leur souhaite le meilleur.
Bonne découverte :
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