Il n'y a (peut-être) pas de livre plus important que celui-là : Robinson Crusoé.
Et comme je continue le tri et le rangement de la bibliothèque, je vous en propose deux versions trouvées au hasard des vide-greniers. Et ça lui va bien à Robinson Crusoé le hasard.
Le premier volume est malheureusement esseulé des autres et dans un état assez pitoyable. Mais j'y tiens, toujours heureux de retenir le temps : son édition est de 1782 tout de même.
Sa couverture est d'ailleurs faite d'un papier de récupération comme cela se faisait souvent. Il s'agit donc de la cinquième partie, éditée chez Cailleau avec, et c'est bien aussi ce que l'on aime, avec des figures donc. Ici, pas d'une grande qualité, gravées au burin, elles sont surtout rejetées en fin de volume. Elles font image sans qu'aucun nom de graveur ou de dessinateur leur soit associé. Dommage.
Pas plus de nom de traducteur.
Ce petit volume m'intrigue comme m'intriguent toujours les livres très anciens et leur voyage dans le temps, passant de main en main, de lecteur en lecteur, que sont donc devenus les autres volumes ? Sont-ils perdus à jamais et quelle histoire explique leur séparation ? Où ont-ils, à leur tour, échoué ?
L'autre édition est bien plus récente puisqu'elle date de 1898 chez Garnier Frères. Ce qui la rend à nous, amateurs de gravures et de beaux dessins, intéressante c'est que cette édition (sans aucun doute très populaire au vu de la mauvaise qualité éditoriale) est illustrée d'illustrations de Granville. Je fais exprès de ne pas dire gravures de Granville car ses dessins (bois) furent bien gravés par d'autres dont certains d'ailleurs signent leur planches : Verdeil, Guillaumot, Lambert... On note qu'à chaque fois, ces interprètes ne laissent rien paraître de leur main, mettant tout leur talent à disparaître derrière Granville.
Mon édition fut reliée assez chichement en toile de jute ce qui lui donne bien une allure fruste digne d'une robinsonnade !
Là encore, rien de bien rare ou remarquable, juste le plaisir d'avoir Granville dans sa bibliothèque et d'imaginer les rêves et joies qu'il a donnés aux lecteurs.
Alors je conseille vivement à tous ceux qui n'ont pas encore lu cet essentiel ouvrage, de dépasser vite ce qu'ils croient en connaître par toutes les traductions, tous les supports, pour en retrouver l'essentiel : intelligence et altérité.
Réaliser un complément aux illustrations du dictionnaire Larousse de mon enfance. Donner aux mots qui n'ont pas d'image une illustration. L'ensemble est édité en lithographie par mes soins depuis 1994.
jeudi 19 mars 2020
mercredi 18 mars 2020
Méaulle grave Lix
Et quoi de neuf dans les rayonnages Enfantina de ma bibliothèque ?
Mais un bel exemplaire du livre les vieux de la vieille de Erckmann-Chatrian chez Hetzel !
Cela pourrait suffire mais voyez-vous, en plus d'être un beau cartonnage pour la jeunesse, cet ouvrage réunit aussi le dessinateur Lix et surtout l'interprète et génial graveur Méaulle !
Le premier (et sans doute le plus vivace) de mes souvenirs de Méaulle c'est d'avoir vu au Musée Victor Hugo de Villequier l'un de ses bois gravés réussissant l'incroyable pari de traduire un lavis de l'écrivain romantique sur une planche de bois.
Ce qui est amusant c'est qu'à cette période de ma vie, je ne savais pas que je serais graveur à mon tour un jour. Je devais alors avoir 17 ans...
J'aimerais beaucoup revoir ce bois, je veux dire à la fois le tirage mais aussi la planche elle-même. Car, il y a là, dans la totale compréhension du travail de Victor Hugo par Méaulle, bien plus qu'une qualité de copie mais bien, comme pour un musicien, à la fois un travail de traduction et aussi d'interprétation. Tout cela se mesure à la distance que l'on prend pour l'observation de cette estampe. De loin, un peu, c'est Victor Hugo qui est là, on en reconnaît tout le génie du noir, des lavis, de la brume. Puis, en se rapprochant, surgit l'incroyable chaos des lignes gravées, les unes dans les autres, se chevauchant, se dissipant à l'infini. Alors on saisit chaque coup de burin, de gouge dans ce bois debout. Méaulle est alors l'auteur de cette image.
Je ne sais pas quel lien ont entretenu Lix et Méaulle pour cet ouvrage.
Mais je suis certain que Lix devait être heureux d'avoir, pour traduire ses dessins, un aussi bon interprète.
Nous aussi maintenant.
Prenons donc plaisir à regarder à la fois le dessin et sa traduction, sans feindre de croire que sans l'habileté de l'un n'existerait pas le génie de l'autre.
J'avoue n'avoir pas eu encore le courage de lire le texte étant toujours et encore des images. Il me faudra montrer cela à la jeunesse du Mans. Faut-il vous faire baver en vous disant le prix de cette merveille ? Ce serait indécent.
Bien à vous.
Mais un bel exemplaire du livre les vieux de la vieille de Erckmann-Chatrian chez Hetzel !
Cela pourrait suffire mais voyez-vous, en plus d'être un beau cartonnage pour la jeunesse, cet ouvrage réunit aussi le dessinateur Lix et surtout l'interprète et génial graveur Méaulle !
Le premier (et sans doute le plus vivace) de mes souvenirs de Méaulle c'est d'avoir vu au Musée Victor Hugo de Villequier l'un de ses bois gravés réussissant l'incroyable pari de traduire un lavis de l'écrivain romantique sur une planche de bois.
Ce qui est amusant c'est qu'à cette période de ma vie, je ne savais pas que je serais graveur à mon tour un jour. Je devais alors avoir 17 ans...
J'aimerais beaucoup revoir ce bois, je veux dire à la fois le tirage mais aussi la planche elle-même. Car, il y a là, dans la totale compréhension du travail de Victor Hugo par Méaulle, bien plus qu'une qualité de copie mais bien, comme pour un musicien, à la fois un travail de traduction et aussi d'interprétation. Tout cela se mesure à la distance que l'on prend pour l'observation de cette estampe. De loin, un peu, c'est Victor Hugo qui est là, on en reconnaît tout le génie du noir, des lavis, de la brume. Puis, en se rapprochant, surgit l'incroyable chaos des lignes gravées, les unes dans les autres, se chevauchant, se dissipant à l'infini. Alors on saisit chaque coup de burin, de gouge dans ce bois debout. Méaulle est alors l'auteur de cette image.
Je ne sais pas quel lien ont entretenu Lix et Méaulle pour cet ouvrage.
Mais je suis certain que Lix devait être heureux d'avoir, pour traduire ses dessins, un aussi bon interprète.
Nous aussi maintenant.
Prenons donc plaisir à regarder à la fois le dessin et sa traduction, sans feindre de croire que sans l'habileté de l'un n'existerait pas le génie de l'autre.
J'avoue n'avoir pas eu encore le courage de lire le texte étant toujours et encore des images. Il me faudra montrer cela à la jeunesse du Mans. Faut-il vous faire baver en vous disant le prix de cette merveille ? Ce serait indécent.
Bien à vous.
mardi 17 mars 2020
Eau-forte mécatronique par un robot
Dans notre belle école des Beaux-Arts du Mans traîne un nombre incroyable d'outils tous plus performants et modernes les uns que les autres. De la découpeuse Laser en passant par la boule de vernis, de la chambre photographique en passant par le brunissoir, tout concorde pour que nos étudiants et étudiantes puissent se servir de tout, tranquillement.
Car dans notre école traînent aussi des étudiants et étudiantes qui ont la chance, selon leur option, de pouvoir parfois travailler ensemble. En pédagogie on appelle cela la transversalité. Et voilà qu'un étudiant en option Art se pique de vouloir avec son camarade en option Mécatronique voir ce que ce bon gros robot trois axes pourrait bien faire en gravure en taille-douce !
Faut dire qu'il a de la gueule le bébé orange ! Et qu'il sait être délicat quand on sait bien le dresser. Ce qui est formidable dans cette histoire c'est bien que ce sont les étudiants qui sont à l'initiative, qui complotent, qui s'organisent et qui s'emparent des outils. Pas la peine de leur demander de la faire vivre cette transversalité, l'amitié qui les soude est déjà là pour ce qui leur semble être une évidence.
Voilà donc Thomas Lambert, dessinateur, peintre et graveur qui demande à son bon copain Lucas Pierrisnard s'il n'y aurait pas moyen de traduire son cliché, une photo mise en scène de ses amis, en une immense gravure dans le vernis ! Et voilà Lucas qui s'y colle, tous deux heureux d'avoir à éprouver leur ambition à la hauteur de l'outil. Mais faut pas faire tout cela pour rien, alors autant choisir une plaque géante qui viendra aussi mieux raconter l'image d'origine.
Lucas et Thomas mettent au point l'encodage et donc la traduction de l'image. il s'agit bien d'une gravure d'interprétation. Ils mettent aussi au point la très délicate pointe sèche montée sur ressort qui viendra au bout du robot graver le vernis sans toucher au métal. La délicatesse est au rendez-vous et voir ainsi ce gros robot venir gentiment faire ses lignes dans un silence apaisant est assez remarquable et étonnant. Pas de précipitation.
Je suis, comme enseignant en gravure, très ému par cette tranquillité et par l'amitié de ces deux étudiants capables l'un avec l'autre de se mettre au service d'une image. S'il y avait une preuve de la liaison toujours nécessaire et continue de la technique et de la pensée, cette expérience en serait l'image parfaite.
Une fois l'image bien dessinée dans le vernis, il ne restait plus que la morsure à faire. Nos compères fabriquèrent donc un bac géant dans la cour de l'école (merci l'atelier bois et Olivier Chouteau) et plongèrent la plaque dans le bain de sulfate de cuivre. 35 litres ! Le mordant est remué en permanence pour bien dégager les tailles au fur et à mesure de leur apparition. 18 minutes pour une morsure propre, bien profonde sans aucun souci ni d'ouverture de lignes trop marquées ni de crevé. Ne restait plus qu'à dépouiller la matrice de son vernis et d'admirer enfin la matrice et son image bien inscrite dedans.
Pour le tirage... On va devoir attendre un peu que l'actualité nous le permette.
Bravo les gars !
Je suis fier de vous, de votre amitié, de votre ambition et surtout de votre autonomie.
Car dans notre école traînent aussi des étudiants et étudiantes qui ont la chance, selon leur option, de pouvoir parfois travailler ensemble. En pédagogie on appelle cela la transversalité. Et voilà qu'un étudiant en option Art se pique de vouloir avec son camarade en option Mécatronique voir ce que ce bon gros robot trois axes pourrait bien faire en gravure en taille-douce !
Faut dire qu'il a de la gueule le bébé orange ! Et qu'il sait être délicat quand on sait bien le dresser. Ce qui est formidable dans cette histoire c'est bien que ce sont les étudiants qui sont à l'initiative, qui complotent, qui s'organisent et qui s'emparent des outils. Pas la peine de leur demander de la faire vivre cette transversalité, l'amitié qui les soude est déjà là pour ce qui leur semble être une évidence.
Voilà donc Thomas Lambert, dessinateur, peintre et graveur qui demande à son bon copain Lucas Pierrisnard s'il n'y aurait pas moyen de traduire son cliché, une photo mise en scène de ses amis, en une immense gravure dans le vernis ! Et voilà Lucas qui s'y colle, tous deux heureux d'avoir à éprouver leur ambition à la hauteur de l'outil. Mais faut pas faire tout cela pour rien, alors autant choisir une plaque géante qui viendra aussi mieux raconter l'image d'origine.
Lucas et Thomas mettent au point l'encodage et donc la traduction de l'image. il s'agit bien d'une gravure d'interprétation. Ils mettent aussi au point la très délicate pointe sèche montée sur ressort qui viendra au bout du robot graver le vernis sans toucher au métal. La délicatesse est au rendez-vous et voir ainsi ce gros robot venir gentiment faire ses lignes dans un silence apaisant est assez remarquable et étonnant. Pas de précipitation.
Je suis, comme enseignant en gravure, très ému par cette tranquillité et par l'amitié de ces deux étudiants capables l'un avec l'autre de se mettre au service d'une image. S'il y avait une preuve de la liaison toujours nécessaire et continue de la technique et de la pensée, cette expérience en serait l'image parfaite.
Une fois l'image bien dessinée dans le vernis, il ne restait plus que la morsure à faire. Nos compères fabriquèrent donc un bac géant dans la cour de l'école (merci l'atelier bois et Olivier Chouteau) et plongèrent la plaque dans le bain de sulfate de cuivre. 35 litres ! Le mordant est remué en permanence pour bien dégager les tailles au fur et à mesure de leur apparition. 18 minutes pour une morsure propre, bien profonde sans aucun souci ni d'ouverture de lignes trop marquées ni de crevé. Ne restait plus qu'à dépouiller la matrice de son vernis et d'admirer enfin la matrice et son image bien inscrite dedans.
Pour le tirage... On va devoir attendre un peu que l'actualité nous le permette.
Bravo les gars !
Je suis fier de vous, de votre amitié, de votre ambition et surtout de votre autonomie.
| Thomas Lambert vérifie sa gravure du vernis sous l'œil attentif de Lucas Pierrisnard |
| On voit bien que la pointe travaille régulièrement en attaquant seulement le vernis. |
| mise au bain de la plaque, Joris s'ajoute à l'équipe. |
| Batman nous a vachement aidé. |
mardi 30 juillet 2019
Nada, nada, nada, I'm popular
Si un artiste cela se mesure au nombre de ventes qu'il effectue alors je suis un artiste raté.
Si un artiste cela se mesure au nombre d'expositions qui lui sont proposées alors je suis un artiste raté.
Si un artiste cela se mesure au nombre d'articles dans les journaux spécialisés ou d'interviews sur les chaÏnes culturelles alors je suis un artiste raté.
Ce qui sauve ce constat (si c'est encore possible) c'est que je travaille (peu).
Souvent je m'interroge sur l'environnement d'un Dürer ou d'un Callot alors qu'ils dessinaient. Lumière, table, température, vue sur le monde... Avaient-ils des chaussons ? Se grattaient-ils les couilles de temps en temps ? Gueulaient-ils contre le monde autour d'eux, chiens, chats, cheval ?
Mon environnement c'est le sous-sol d'une maison Phénix dans un lotissement de Province. Je vois le soleil tourner depuis ce point de l'univers. Le sol de ciment brut m'étonne toujours dans sa qualité d'un gris tendu, ma table en mélaminé imitation bois me fait l'affaire. Parfois le ronron de la machine à laver vient couvrir la radio. Parfois, j'installe des vinyles sur la platine.
J'occupe l'espace sonore.
Le monde tourne autour. Je ne cherche pas à l'enregistrer. Je ne suis pas un artiste de l'actualité.
Dans mes difficultés à faire travailler mon imaginaire, à y trouver encore une raison valable de s'exprimer, je me tasse le dos. Les formes et les idées doivent trouver les outils.
Toujours l'étonnement que cela fonctionne même si parfois le blanc arrive. Pas celui du papier, celui éblouissant d'un vide, d'une incapacité à croire que cette image encore cérébrale devrait naître sur le papier. Savoir passer son tour.
Le mien est bien passé depuis longtemps.
Restera un héritage encombrant, des feuilles volantes de-ci, de-là. Et la tendresse un peu surjouée de ceux qui regarderont ce papier et ces quelques signes de plus dans le monde.
Tout le monde n'est pas David Stuart. Surtout pas moi.
Attention ! Un intrus est plaisamment venu me saluer.
Je suis tombé à nouveau sur ce morceau de Nada Surf que j'adore. Je vous le donne, il est bien à sa place en ce moment, surtout le premier couplet.


















Si un artiste cela se mesure au nombre d'expositions qui lui sont proposées alors je suis un artiste raté.
Si un artiste cela se mesure au nombre d'articles dans les journaux spécialisés ou d'interviews sur les chaÏnes culturelles alors je suis un artiste raté.
Ce qui sauve ce constat (si c'est encore possible) c'est que je travaille (peu).
Souvent je m'interroge sur l'environnement d'un Dürer ou d'un Callot alors qu'ils dessinaient. Lumière, table, température, vue sur le monde... Avaient-ils des chaussons ? Se grattaient-ils les couilles de temps en temps ? Gueulaient-ils contre le monde autour d'eux, chiens, chats, cheval ?
Mon environnement c'est le sous-sol d'une maison Phénix dans un lotissement de Province. Je vois le soleil tourner depuis ce point de l'univers. Le sol de ciment brut m'étonne toujours dans sa qualité d'un gris tendu, ma table en mélaminé imitation bois me fait l'affaire. Parfois le ronron de la machine à laver vient couvrir la radio. Parfois, j'installe des vinyles sur la platine.
J'occupe l'espace sonore.
Le monde tourne autour. Je ne cherche pas à l'enregistrer. Je ne suis pas un artiste de l'actualité.
Dans mes difficultés à faire travailler mon imaginaire, à y trouver encore une raison valable de s'exprimer, je me tasse le dos. Les formes et les idées doivent trouver les outils.
Toujours l'étonnement que cela fonctionne même si parfois le blanc arrive. Pas celui du papier, celui éblouissant d'un vide, d'une incapacité à croire que cette image encore cérébrale devrait naître sur le papier. Savoir passer son tour.
Le mien est bien passé depuis longtemps.
Restera un héritage encombrant, des feuilles volantes de-ci, de-là. Et la tendresse un peu surjouée de ceux qui regarderont ce papier et ces quelques signes de plus dans le monde.
Tout le monde n'est pas David Stuart. Surtout pas moi.
Attention ! Un intrus est plaisamment venu me saluer.
Je suis tombé à nouveau sur ce morceau de Nada Surf que j'adore. Je vous le donne, il est bien à sa place en ce moment, surtout le premier couplet.
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