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mardi 5 novembre 2024

Steinberg 1955

 



Dans ce salon du livre de la Saussaye, je m'amuse du peu de jeunes gens déambulant dans les allées un peu serrées. Beaucoup de livres de régionalisme et d'auteurs locaux comme à l'habitude dans ce genre de salon mais aussi pas mal de marchandises alléchantes. Je repère vite les fascicules la France travaille de Kollar dont je possède quelques exemplaires et je rêve un temps de compléter ma collection. Au vu du prix je passe mon tour mais je suis toujours heureux de retrouver ce travail. Tant pis...On trouve ces fascicules assez souvent, je finirai bien par trouver les autres exemplaires.
Au bout d'une allée mon oeil tape de suite sur un album bien blanc dont je reconnais immédiatement la graphie et dont le nom me fait frissonner d'envie : Steinberg.
Il faut le dire la couverture est sublime associant admirablement les graphismes de Steinberg avec le style de la maison Gallimard. Quelle merveille !
Malheureusement Gallimard oublie de nous nommer le metteur en page...Dommage...
Steinberg lui--même ? Aurait-il pu être le maitre de cette mise en page et surtout du choix des dessins pour cet album qui date de 1956 ? C'est donc très tôt ! Ai-je tort de penser qu'il pourrait même s'agir là d'une des toutes premières occasions de voir le travail de Steinberg ainsi compilé en France ?
Je le crois.
Pour le reste...Tout le génie de Saul Steinberg est présent dans de grandes pages blanches qui donnent l'occasion aux traits du dessinateur de nous dire tout son talent. C'est fragile, frais et les doubles pages sont souvent parfaitement bien construites, parfois autour de thématiques : les chats, les cow-boys, les villes, les signatures, les architectures etc...Toute l'essence du génie se déroule là dans un album très généreux en pages. Mon exemplaire est dans un état de fraicheur tel que ce n'est que chez moi que j'ai constaté la date d'édition, totalement éberlué ! Seuls les plats de couverture ont un peu jauni.
Que pourrais-je vous dire que je ne vous ai déjà dit sur l'importance de Steinberg pour moi comme dessinateur et comme relation avec Jacques Ramondot qui me le fit connaître ?
Rien ? Rien de plus...Un génie libérateur, drôle, fin, sensible. Et tellement malin....

Merci Monsieur Steinberg.
Merci Monsieur Ramondot.

Je vous donne donc un tout petit extrait de ce bel album que je vais chérir et donc que j'ai hâte de montrer à mes étudiants et étudiantes. Faut toujours laisser les libérateurs libérer aussi les autres.

Steinberg, Dessins
Éditions Gallimard, 1956.
5 euros sur ce salon. (une paille!)



























samedi 19 juillet 2014

Saul Steinberg vos papiers !




Rarement un dessinateur n'a autant joué avec sa pratique, ne s'est amusé de tous ses désirs de traits, n'a jubilé de tout, n'a affronté son imagination avec l'ensemble de ses outils et tout cela avec calme, distinction, et humour.
Saul Steinberg aura su jouer sans que cela ne soit de l'enfantillage ou de la naïveté, il aura su rapprocher l'objet, son signe, son usage par quelques lignes, il aura su être économe sans perte et surtout sans sécheresse. Il est de ceux qui définissent leur art en le faisant et ce dessin, celui-ci en particulier dit absolument tout de Steinberg, la boucle est bouclée :


Je possède un exemplaire de ce qui est certainement l'un des plus beaux livres de dessins du XXème siècle The Passeport. Mon exemplaire est un peu défraîchi mais, voyez-vous, il me suffit de l'ouvrir pour que j'oublie ses stigmates et même que je les accepte comme les preuves de son usage comme aurait pu le faire lui-même l'auteur.
On nous prévient dès l'entrée du livre qu'il y aura des fausses signatures, des fausses gravures, des faux tampons car Saul Steinberg joue avec tous ces types de représentations mais surtout avec notre attente de cette typologie. C'est ce qui est unique, ce jeu avec nous. Toutes les plasticités du trait sont utilisées, hachures, empreintes, cursives. Tous les représentations à l'imitation des styles sont éprouvées parfois dans une seule scène et concrétisent les caractères. L'accumulation ici fait sens.
Il laisse à Sempé le style fouillé-vite, il laisse à Topor l'étrange-malhabile. Saul Steinberg est une conscience permanente à son dessin qui est toujours, finalement, une forme d'autoportrait : il est parfois américain, touriste, petit bourgeois dans les salons, bonhomme timide. Il est surtout de ces artistes toujours chez eux, toujours nulle part, tellement américain d'Europe.
Si on essaie d'être comme lui désinvolte, on s'aperçoit qu'il est en fait précieux, et si on essaie d'être comme lui précis, il nous manque sa liberté. Non, il n'est pas enfantin. Il tient son enfance avec fermeté, à distance, jaloux. il la laisse parfois poindre comme pour nous piéger à cette facilité. Et paf !
C'est l'arabesque parfaite, la tromperie rigolarde.
Alors aujourd'hui on dirait que The Passeport c'est un livre politique jouant cruellement avec les représentations de l'autorité et de ses documents. Quelle connerie !
The Passeport c'est celui qu'il nous tend, nous montrant ses papiers, ses gribouillis, ses histoires. Et, il nous dit calmement : "Voilà, et toi ? les tiens ?"








Exemples superbes de tautologie, le dessin d'un dessinateur qui se perd dans sa ligne ou qui se barre d'une croix !


Le dessin partout joue avec les objets et les lieux et avec la photographie :






Magnifiques réductions graphiques poussées presque à la disparition, le deuxième joue même de la transparence du papier !





être son propre collectionneur d'expressions graphiques et être le père de David Hockney :




ne pas donner assez de place à la pensée en peinture...


....et trop à la signature...




mardi 13 août 2013

Saul, Inge pour continuer, pas pour finir.


Je peux bien vous dire que c'est très frais puisque l'article que vous êtes en train de lire est écrit exactement 10 minutes après l'achèvement du tirage lithographique que vous avez sous les yeux.
Les amateurs de dessinateurs reconnaîtront facilement dans ses propositions graphiques des influences (et même pire !) venues de Saul Steinberg et de Inge Morath qui photographiait ainsi Saul Steinberg et ses amis portant des masques faits souvent d'un simple sac de papier sur lequel l'un de mes plus grands libérateurs avait dessiné.
La grande candeur, la naïveté géniale, le sens inouï de la simplification renouant ainsi avec les premiers temps du signe et du langage, font de ce travail de Saul Steinberg l'un des plus beaux et des plus émouvants qu'il me fut donné de découvrir.
Alors, je tente parfois d'atteindre cette réduction graphique qui n'est pas une élimination mais bien une concentration des sucs du dessin.
Mais c'est bien difficile comme chemin, mais c'est bien plaisant aussi.
En espérant que Saul et Inge ne m'en voudront pas de cette proximité, je vous donne donc à voir le moment lithographique où j'en suis. Et c'est sans doute un peu Steinberg qui me poussa pour le mot fin à conjuguer le verbe continuer au présent de la première personne du singulier.