dimanche 17 janvier 2016

Mauvais genre

Sur les couvertures des livres de poche de science-fiction de mon père, il y avait des illustrations qui me faisaient toujours rêver sans pourtant me donner envie, curieusement, de lire les livres, comme si la plénitude de mon plongeon à l'intérieur des images me contentait assez.
Parfois, dans des livres d'illustrateurs, je retrouve ces images, et, aujourd'hui, il m'arrive même d'ouvrir ces livres avec considération et de plonger alors dans les histoires.
Mais ce qui n'a pas changé je crois, c'est bien que ces images de science-fiction ont aussi nourri mon goût pour une architecture de mégastructures, de ruines rétro-futuristes, d'utopies hyper-technologiques qui surgissent encore parfois sur le regard que je porte sur mes architectes favoris, ceux du brutalisme bien évidemment.
Voyez ici quelques exemples :

http://archipostcard.blogspot.fr/2009/01/9-ans-depuis-le-futur.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/04/navet-intergalactique-mais-ecran.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/05/les-monades-urbaines.html

C'est l'un de ces livres que je vous propose aujourd'hui. Il s'appelle Les vols d'Icare par Donald Lehmkuhl, Martyn Dean et Roger Dean. C'est un grand carré rempli d'images dont on ne saisit pas bien les rapports ni la raison de leur rassemblement sinon qu'elles forment un corpus, un genre que l'on reconnaît immédiatement. On dirait un prétexte éditorial inventant une pseudo-histoire pour s'autoriser à faire un beau livre d'images. L'édition française est de 1979, ce qui permet de replacer l'ouvrage dans l'An II de Star Wars et on verra que cela se voit un rien. On y reconnaît bien quelques moments gracieux et une époque au goût épique mêlant la fantaisie héroïque et mythologique aux rêves futuristes les plus débridés. Parfois, avouons-le, la charge est un peu forte et on frôle le mauvais goût pour ne pas dire que l'on s'y vautre, mais je ne ferai pas la fine bouche et j'aimerai toujours croire que je leur dois, à ces illustrations, quelque chose que je suis devenu. C'est déjà bien !
On aimera surtout dans ce livre les illustrations de Chriss Foss, Peter Elson, Chris More, Peter Jones et enfin Angus McKie. Tous nés du milieu des années 40 au début des années 50.
Rêvez-bien...

Les vols d'Icare
Donald Lehmkuhl, Martyn Dean, Roger Dean
AMP S.A., Paper Tiger
isbn-2-86338-003-6
1 euro sur un vide-grenier.















dimanche 3 janvier 2016

Allô Mr Eiffel ? C'est le Corbusier !

Oui, et la Tour Eiffel ?
Je ne vous en parle jamais de la Tour Eiffel !
Et bien nous allons débuter cette année avec l'icône de l'architecture française et même mieux, nous allons réaliser un article traversant puisque celui-ci sera posté également sur mon blog d'architecture et de cartes postales. En effet, nous allons aussi parler de dessins et d'illustrations avec la participation exceptionnelle de Jacques Ramondot mais aussi de...Le Corbusier !
D'abord, l'objet le plus récent :

























Ce livre de Jill Jonnes, sobrement intitulé la tour et un très beau et intéressant ouvrage sur, comme son titre l'indique, la Tour Eiffel mais aussi et surtout sur l'exposition de 1889 qui vit la construction tant contreversée de la dite tour.
Jill Jonnes réussit à nous plonger dans l'époque, à nous raconter l'épopée de cette construction par un foisonement bien ordonné de documents et de témoignages qui rendent le texte passionnant comme une aventure de Jules Verne. Alors, Jill Jonnes étant américaine, elle use d'un angle particulier et nous parle surtout des déboires et richesses de quelques héros contemporains américains venus à cette exposition comme l'incroyable Buffalo Bill, la tireuse d'élite Annie Oakley et le célèbre Edison dont Jill Jonnes, en américaine convaincue nous dit qu'il inventa le cinéma en oubliant...les Frères Lumière.
















































On ne lui en veut pas tant le livre est bien écrit, haletant et généreux quant à la reconstitution de l'époque. On visualise les états du chantier, les contre-temps, on a peur que cela n'aboutisse pas alors même, évidement, que l'on connait la fin heureuse de l'histoire ! Le livre est illustré de quelques beaux documents ce qui ajoute à notre plaisir de plonger dans l'histoire. L'écriture est claire, sans prétention et met en relief surtout les événements et péripéties. C'est juste. Un très bel ouvrage donc sur une construction, ses objectifs politiques, d'images, et techniques et sur l'élan d'une époque.
Mais voici que l'envie me prend de vous parler d'un autre ouvrage sur la Tour Eiffel auquel je tiens particulièrement. En effet, Jacques Ramondot, celui qui m'a appris à aimer ce que je suis, celui qui m'a appris à aimer l'estampe et donc à savoir comment elle est fabriquée nous raconta un jour, que jeune homme, il avait eu la commande d'illustrations pour un ouvrage sur la Tour Eiffel et que, maintenant plus âgé (beaucoup plus !) il avait du mal à se retrouver dans les images qu'il avait produites !
Voici l'ouvrage :




Bien évidement, je voulais voir ça ! Et je me précipitais pour en trouver un exemplaire ! L'ouvrage est écrit par Charles Cordat aux éditions de Minuit et fut publié en 1955. Jacques Ramondot étant né en 1928, il avait donc 27 ans... Je n'ai pas d'informations sur le comment de cette commande à Jacques Ramondot mais je me souviens bien de son amusement à retrouver ces images, mais je me souviens aussi d'avoir été surpris de trouver dans l'ouvrage une préface de Le Corbusier ! Superbe d'ailleurs et que je m'autorise à vous offrir en entier car il est plaisant de voir ce que le plus grand architecte du vingtième siècle pouvait bien penser du plus grand ingénieur en construction du dix-neuvième siècle !
(pour une lecture plus aisée, cliquez sur les images)



 



 




On y lit le toujours et permanent hiatus entre architecte et constructeur mais surtout, ce qui me frappa, c'était que Eiffel est pu parler à Le Corbusier par téléphone en 1923 ! Incroyable ! Et incroyable ici, de retrouver finalement Edison ! Un américain invente une machine pour qu'un architecte franco-suisse puisse parler avec un ingénieur français d'origine allemande. La boucle est bouclée. Le texte de Charles Cordat nous raconte lui aussi l'histoire de la conception et de la construction de la Tour Eiffel avec tous ses tracas, chiffres et aventures dans le plus pur style de ce genre d'ouvrage mettant en avant l'aventure scientifique et mécanique de la tour. On y apprend aussi que la Tour Eiffel est un monument de dessins puisque 5300 dessins furent nécessaires et qu'ils couvrent une surface de...4000 mètres-carré ! On posa en moyenne 1650 rivets par jour...On n'oublie pas non plus de nous rappeler que la Tour à ses débuts était recouverte d'un beau rouge vermillon. Je me souviens également de ce calcul :



Mais revenons aux dessins de Jacques Ramondot. On y voit un très épais, large, puissant, presque clos qui définit vigoureusement les formes comme le fait souvent la gravure sur bois ou le lino. Il s'agit sans doute de faire des images très vivantes et solides frappant l'imagination. On y retrouve Masereel ou Derain. Il y a aussi un goût simple pour l'imagerie populaire, comme les traces d'un accord avec cette tradition : faire des images comme on en fait chez Pélerin pour les images d'Épinal. Cela change bien sûr de la production de Jacques Ramondot, celle qui suivra car il quittera la gravure en bosse pour celle en creux de l'eau-forte. Pourtant, cette œuvre de jeunesse, de commande de l'un des plus grands graveurs du siècle passé, offre toutes les qualités de tendresse, de sensibilité et d'humour que ce jeune homme de 27 ans libérera plus tard, à sa maturité d'artiste. Ne rien perdre de son être, ne rien lâcher de cette joie tout en étant lucide à ces qualités, c'est bien là Jacques Ramondot.
Il faut aussi dire que l'impression de l'ouvrage laisse un rien à désirer, imprimer un peu vite et pour pas très cher sans doute, les noirs y sont un peu creux en encrage. Mais ne boudons pas notre plaisir.
Voyez :


















































































































 
























































































Comme nous sommes aussi sur un blog de cartes postales, je vous en offre quelques unes. L'histoire de la Tour Eiffel et de la carte postale sont liées dès 1889, elles sont nées en même temps l'une servant l'autre. La Tour Eiffel fut éditée à des millions et millions d'exemplaires et le sera à l'infini. Elle sera peut-être même, si cela doit prendre fin, le dernier bâtiment représenté ainsi ! Alors, je n'ai rien d'extraordinaire dans ma collection sur cet objet mais que quelques petites choses jolies et curieuses. Je vous les donne à voir. Elles disent que l'originalité d'une construction, sa force constructive, sa représentation donnent surtout envie d'en montrer son cliché rêvé bien plus qu'une invention d'image. Maintenir ainsi, à ce point un cliché, c'est bien le grand œuvre aussi d'Eiffel. C'est l'accord parfait entre un signe, une image, une raison et surtout, c'est de l'architecture.

On commence avec cette carte postale datant de 1915 et qui prouve bien que pendant la guerre on continue à regarder la Tour Eiffel et même à jouer avec elle. Lisez bien le titre de celle-ci ! L'humour sur les risques de voir arriver les Zeppelin allemands  y est assez fréquent avec ce type de trucage. Je possède une carte postale de la Colonne de Juillet qui se gondole aussi de la sorte ! On s'amuse aussi du jeu avec le copyright en lisant l'inscription " reproduction autorisée pour les pays Boches et Consorts" !





Poursuivons avec un épisode bien connu de l'histoire de la Tour Eiffel, celui de l'inscription sur celle-ci du nom du constructeur automobile Citroën qui réalisa ainsi, en un hommage inconscient, l'un des plus gigantesques Ready-Made de Marcel Duchamp ! On s'étonne d'ailleurs que ce Marcel Duchamp n'est jamais évoqué à ma connaissance cet épisode populaire et publicitaire du ready-made. On trouve ici dans l'ouvrage de Charles Cordat une explication de ce beau geste commercial, la carte postale est une édition P-C Paris non datée :


























Voici une vue beaucoup plus récente mais troublante. D'abord parce que la Tour y est peinte encore de ce rouge étonnant que nous avons oublié aujourd'hui. Puis, ensuite autre détail curieux, l'année 1964 est inscrite sur la Tour Eiffel. Pourquoi ? Passage d'année sans doute ? On notera aussi que cette magnifique prise de vue aérienne fut réalisée par un photographe que nous connaissons bien sur ce blog et que nous croisons souvent, c'est Monsieur Alain Perceval. Il est bien nommé par l'éditeur Yvon sur cette carte expédiée bien tardivement en...1985 ! La carte aurait-elle été éditée pendant aussi longtemps ou s'agit-il d'une récupération d'une carte ancienne expédiée par sa correspondante ? Je penche pour la première solution vu l'état et le mode d'impression !





Finissons avec cette carte postale de la Tour Eiffel mettant en avant l'une de ses particularités techniques : les ascenseurs. Jill Jonnes nous en raconte avec passion dans son livre les difficultés de création et les rapports houleux entre Otis, le fabricant américain et Eiffel ! Ce fut une lutte technique mais aussi d'image et de fierté nationale pour la France et les U.S.A ! Il s'agit bien là pour l'éditeur ELNACAP de tenter une approche plus originale de ce monument et d'offrir aux amateurs de techniques un détail intéressant pour palier à une connaissance par trop universelle de l'objet. On trouve souvent ce genre de détails sur les cartes postales représentant des objets du génie Civil. On impressionne le correspondant non pas tant par l'image trop connue mais par les particularités techniques. On y voit aussi des désaccords sur le nombre de rivets avec Charles Cordat !







mardi 1 décembre 2015

En grande foulée avec la couleur

Oui, je travaille.
C'est la réponse que j'ai dû faire il y a peu à l'un de mes étudiants (Solal) qui eut la gentille attention de me retourner ma question à son égard.
Il a eu bien raison.
Alors je vous et lui prouve.
Veuillez trouver ci-jointes des images des deux dernières lithographies aquarellées, l'une étant la vraie dernière imprimée, l'autre une très ancienne réalisée pour Jacques Ramondot il y a plus de vingt ans puis ici, mise en couleurs pour une amie qui aura bien la gentillesse de venir la chercher rapidement à la maison avant que je ne l'aime trop cette lithographie et que j'aie soudain un mal fou à m'en séparer.
Cette amie se reconnaîtra.
Tu vois, je tiens mes promesses.
Cette lithographie a la particularité d'être faite donc de la lettre Z et de reprendre certaines des illustrations du Larousse. On y voit Mickey et ses amis car Jacques Ramondot nous rappelait souvent qu'il avait le même âge que lui.
Voilà.
Vous savez tout.