lundi 25 août 2014

C'est la fête





Alors que je remonte du sous-sol ayant terminé le dessin sur ma pierre, il y a comme un bruissement sur les réseaux sociaux et, de--ci delà, mes amis me signalent qu'Aurélie Filipetti ne souhaiterait pas poursuivre au Ministère de la Culture son, euh... comment dire... œuvre ?
Nous nous rappelerons toujours ce que nous lui devons comme inaction pour ce qui est du patrimoine architectural moderne et ses retournements d'avis. Nous n'oublierons pas. 
Bon vent Madame !
Votre bilan vous ressemble, l'histoire du patrimoine est écrite.
Ce départ possible est donc une fête !


Je vous donne à voir les derniers dessins qui ne sont pas encore imprimés mais juste des traces sur une pierre lithographique.
Bonne lecture.









mardi 29 juillet 2014

Adrienne n'était pas Comtesse


Je vous montre aujourd'hui un livre arrivé depuis peu dans ma bibliothèque Enfantina. Il porte le titre de  histoire d'un casse-noisette, un conte d'Hoffmann chez Flammarion. Mais si j'ai tenté en vain d'en lire le texte pour lequel je n'arrive vraiment pas à me concentrer, je suis totalement subjugué par les illustrations d'Adrienne Ségur.
Ce grand album contient en effet de grands dessins en noir et blanc, certains sont en couleur et même sur des doubles pages et laisse l'œil rêveur plonger dans la multitude quasi-naïve des détails. Quelque chose d'étrange, quelque chose qui ne va pas, quelque chose de trouble tient l'ensemble. Les visages au yeux trop grands, les couleurs trop douces et pourtant admirablement posées, et même les dessins au crayon trop doux semblent tenir dans leur contraste si peu prononcé une force maléfique, une diablerie que seuls les enfants sans doute peuvent aimer sans réserve comme on aime avoir peur.
C'est aussi dans ce plaisir d'une image délicate contenant trop de choses que j'aime me perdre. On sent une application dévouée comme pour ne rien oublier de la narration, comme s'il fallait retrouver le nombre exact des boutons d'une veste, comme si la perte était condamnable.
C'est magnifique. On frôle Fred Deux ou Hans Bellmer. On trouve aussi dans les visages Alice au pays des merveilles, la petite fille parfaite dont le regard vous effraie comme ceux des poupées de porcelaine victoriennes. Trop ouvertes sur le monde, trop présentes à votre propre présence de lecteur et de voyeur, les illustrations d'Adrienne Ségur sont des merveilles, des bijoux sertis de trop de pierreries, des dentelles trop travaillées dont on ne peut oublier les fils et les nœuds sophistiqués.
Combien de générations d'enfants et surtout de petites filles nattées ont cru devoir se reconnaître dans cette image de l'enfance depuis 1953, date de la première édition ? 
J'aime à croire que comme nous, adultes aujourd'hui, ces enfants ont su saisir la force étrange de ces images. On trouve sur ce site quelques informations sur Adrienne Ségur qui reste une personnalité attachante et rare.






















lundi 28 juillet 2014

Le lundi c'est théorie



Malgré le brouhaha du rinçage de la machine à laver, j'arrive à entendre les universités d'été de Michel Onfray. Quelle jubilation ! Enfin c'est toujours surprenant et jouissif d'entendre une pensée dire clairement ce que soi-même avons du mal à formuler. Et après un cassage de gueule superbe de ce planqué de Debord, voilà que Derrida, Heidegger et le structuralisme en prennent pour leur grade. Le pied.
L'attaque est terrible et nécessaire.
Et la jubilation ne vient pas seule.
Le montage de la pierre est terminée, j'ai préparé le papier pour demain. Je vous montre quelques images de ce montage car elles permettent de voir comment certains dessins résistent à l'enlevage et surtout comment le feutre tient bien sur la pierre !
Et j'ai terminé la coloriage de la dernière lithographie.
La dernière Fabien... pas la... dernière.
























samedi 19 juillet 2014

Saul Steinberg vos papiers !




Rarement un dessinateur n'a autant joué avec sa pratique, ne s'est amusé de tous ses désirs de traits, n'a jubilé de tout, n'a affronté son imagination avec l'ensemble de ses outils et tout cela avec calme, distinction, et humour.
Saul Steinberg aura su jouer sans que cela ne soit de l'enfantillage ou de la naïveté, il aura su rapprocher l'objet, son signe, son usage par quelques lignes, il aura su être économe sans perte et surtout sans sécheresse. Il est de ceux qui définissent leur art en le faisant et ce dessin, celui-ci en particulier dit absolument tout de Steinberg, la boucle est bouclée :


Je possède un exemplaire de ce qui est certainement l'un des plus beaux livres de dessins du XXème siècle The Passeport. Mon exemplaire est un peu défraîchi mais, voyez-vous, il me suffit de l'ouvrir pour que j'oublie ses stigmates et même que je les accepte comme les preuves de son usage comme aurait pu le faire lui-même l'auteur.
On nous prévient dès l'entrée du livre qu'il y aura des fausses signatures, des fausses gravures, des faux tampons car Saul Steinberg joue avec tous ces types de représentations mais surtout avec notre attente de cette typologie. C'est ce qui est unique, ce jeu avec nous. Toutes les plasticités du trait sont utilisées, hachures, empreintes, cursives. Tous les représentations à l'imitation des styles sont éprouvées parfois dans une seule scène et concrétisent les caractères. L'accumulation ici fait sens.
Il laisse à Sempé le style fouillé-vite, il laisse à Topor l'étrange-malhabile. Saul Steinberg est une conscience permanente à son dessin qui est toujours, finalement, une forme d'autoportrait : il est parfois américain, touriste, petit bourgeois dans les salons, bonhomme timide. Il est surtout de ces artistes toujours chez eux, toujours nulle part, tellement américain d'Europe.
Si on essaie d'être comme lui désinvolte, on s'aperçoit qu'il est en fait précieux, et si on essaie d'être comme lui précis, il nous manque sa liberté. Non, il n'est pas enfantin. Il tient son enfance avec fermeté, à distance, jaloux. il la laisse parfois poindre comme pour nous piéger à cette facilité. Et paf !
C'est l'arabesque parfaite, la tromperie rigolarde.
Alors aujourd'hui on dirait que The Passeport c'est un livre politique jouant cruellement avec les représentations de l'autorité et de ses documents. Quelle connerie !
The Passeport c'est celui qu'il nous tend, nous montrant ses papiers, ses gribouillis, ses histoires. Et, il nous dit calmement : "Voilà, et toi ? les tiens ?"








Exemples superbes de tautologie, le dessin d'un dessinateur qui se perd dans sa ligne ou qui se barre d'une croix !


Le dessin partout joue avec les objets et les lieux et avec la photographie :






Magnifiques réductions graphiques poussées presque à la disparition, le deuxième joue même de la transparence du papier !





être son propre collectionneur d'expressions graphiques et être le père de David Hockney :




ne pas donner assez de place à la pensée en peinture...


....et trop à la signature...