lundi 2 mars 2015

Ça sent le printemps

Je viens de finir de poser la couleur sur la lithographie en cours. Je vais bientôt pouvoir reprendre le dessin sur pierre grâce à la puissance virile d'un graineur n'ayant pas peur de l'eau froide. Merci Fabien. Il y a donc fort à parier que cette mise en couleur soit la dernière de l'hiver et que la prochaine publication vous montre le dessin et le tirage d'une nouvelle planche.
Beaucoup d'épreuves sont parties lors de la vente spéciale pour la bulle six coques. Ça fait plaisir cette dispersion dans le monde de son travail.
Merci à vous tous.
Et celle-ci, où ira-t-elle ?









dimanche 8 février 2015

Froggy Fresh and Money Maker Mike are my friends



Ceux qui montent dans ma Twingo en ce moment, peuvent se régaler de l'album de rap de Froggy Fresh et Money Maker Mike.
Je le dis de suite, sans détour, pour moi, il s'agit de l'un des plus grands albums de rap de ma discothèque.
Lorsqu'à la fin des années 80 et au début des années 90, je découvris que je pouvais aimer ce genre musical grâce à mon ami musicien Thibault Aspe, ce que j'aimais surtout, c'était l'énergie puissante et aussi une forme d'humour musical produisant dans le champ du son, les plaisirs du découpage, du collage et d'une rythmicité faisant danser et bouger de beaux garçons musculeux si fiers de leur corps. La pochette de l'album de LLCool J en étant la typologie à l'époque.


















Mais ce que j'aimais aussi à ce moment et que je  retrouve aujourd'hui dans cette album de Froggy Fresh, c'est la possibilité pour qui le veut de faire de la musique en s'appuyant sur des formes reconnues et en balançant des textes souvent vengeurs et revendicatifs.
Froggy Fresh n'échappe pas au genre mais sa candeur est sa force.
Qui oserait faire de sa liste de Noël comportant une figurine de catch ou une lunch box un morceau de rap ? Froggy Fresh ! (et Thibault Aspe...)
Il faut voir le clip Girl Work it pour saisir que ce rappeur dans sa simplicité, sa naïveté presque désarmante fait une œuvre aussi forte qu'un Facteur Cheval. J'ai même cru, lors de mon premier visionnage de ce clip à une œuvre conceptuelle tant le décalage est fort.





Froggy Fresh est le rappeur brut, celui qui se saisit pour lui, pour sa vie, d'un genre qui lui permet de s'offrir sans regret ni détour un moyen d'expression. Et, au-delà même de la qualité des morceaux, cela suffit à faire mon bonheur.
Car, voyez-vous, si le rap (surtout français) est maintenant bourré de petits cons qui nous font la leçon et croient être aptes à produire des textes politiques d'une indigence crasse, Froggy Fresh lui, dans la vraie Amérique, celle du bonheur optimiste assumé, nous raconte sa vie simple et surtout son amitié pour son acolyte toujours muet Money Maker Mike. Je pense que ce dernier est d'ailleurs dans son contraste avec Froggy Fresh le personnage le plus troublant du duo et sans doute celui qui porte quelque chose de dur et d'étrange. Cette amitié virile mais qui reste froide à toute interprétation homosexuelle, est souvent le sous-texte de Froggy Fresh à la recherche permanente d'une tension amicale si typée, si sportive, si masculine qui, vous l'aurez compris ajoute bien évidemment à mon goût pour ce rappeur. Et c'est extrêmement touchant.
Alors on pourrait aimer aussi l'album presque sans l'écouter simplement pour ces qualités d'appropriation comme on aime le poème fait à l'école par le petit dernier parce qu'il vous est adressé. Mais voyez-vous, il faut le dire, il y a là d'excellents morceaux, parfaitement produits, jouant simplement mais efficacement avec les attendus d'un genre musical qui s'épuise un peu aujourd'hui. Froggy Fresh sans doute par manque de moyens est dans une obligation de produire une musique simple, tendue, tenue et rythmée dont la voix très américaine dans ses accents apporte un plaisir évident. C'est l'Amérique.





C'est celle des petits pavillons accolés, des paniers de basket devant le garage, des adolescents qui n'en finissent pas de grandir nourris de céréales et de Free Coke. Cette Amérique qui permet à un duo de copains, heureux de s'être trouvés dans cette banlieue blanche, de dire au monde leur vie en croyant qu'ils peuvent la partager avec tout ce monde qui n'est pas le leur. Et, pendant quelques morceaux musicaux, alors que je parcours la campagne sarthoise et normande, mon auto-radio me donne la sensation que cette Amérique est mienne, que je partage avec eux le plaisir d'un film avec Denzel Washington ou un match de basket alors que, dans la cuisine, des cookies pré-cuisinés sont en train de dorer dans le four.
Et, quand on commande sur internet leur album, qu'on le reçoit à la maison, on comprend que tout est fait à la main.
Et l'album arrive dédicacé. Oui décidément, cette candeur est leur force. Merci.









lundi 12 janvier 2015

reprendre

Pour eux, être au travail.
(silence)
Et rire beaucoup aussi.
Écouter Charles Trenet plus souvent.
Parler de leurs dessins avec vous, avec les étudiants, tranquillement, sans respect particulier.

















jeudi 1 janvier 2015

La folle journée de Ferris Bueller

Dans la nostalgie de cinéphile qui habite chacun de nous, il y a pour moi, la redécouverte récente d'un film dont j'avais gardé depuis plus de 20 ans deux souvenirs persistants : un adolescent au musée et un adolescent faisant "une énorme bêtise" dont je ne peux rien vous dire pour maintenir le suspens.
J'avais perdu jusqu'au titre de ce film, étant, pendant toutes ces années dans l'attente du miracle me permettant de revoir ces moments qui m'avaient touché.
Voilà. C'est fait.
Il m'aura suffi de bredouiller quelques mots sur un moteur de recherche pour que ce film réapparaisse dans son entité et avec même la possiblité de voir l'une de ses scènes-clefs.


La folle journée de Ferris Bueller c'est son titre, je le dis de suite, est maintenant, pour moi, un film culte. Pourquoi ?
La forme générale de ce film on la connaît, c'est un teenage movie avec tout son vocabulaire : le lycée, les parents un peu naïfs face à l'adolescence triomphante, le proviseur (l'autorité) avec lequel on s'amuse. Mais, au-delà de ce genre ici exploité à fond dans sa forme et, disons-le de suite, parfaitement maîtrisé dans l'image, il y a quelque chose de plus juste et de plus fort qui sourd sous l'attendu du genre.
Certes, le titre contient le nom du héros, Ferris Bueller, joué par un Matthew Broderick qui joue à merveille l'adolescent malin et mutin et s'adresse directement au public qui doit jouer avec lui de sa fantaisie. C'est déjà bien, cette complicité. Mais, finalement, ce que nous apprendra ce film, c'est que le vrai héros est Cameron, l'ami de Ferris et c'est bien pour Cameron que Ferris organise cette folle journée, pour l'obliger a vivre sa vie, à la réaliser face à des parents absents. C'est bien cette amitié, ce décalage de sens, l'objectif réel de cette journée de bêtises, qui font de ce film un très bon et surprenant film. L'air de rien, le réalisateur John Hughes tord le genre et nous offre, perdue dans le milieu des années 80, une analyse fine et drôle de l'adolescence. Tous les acteurs y sont parfaits comme Alan Ruck qui joue Cameron Frye ou encore l'incroyable jeu comique de Jeffrey Jones le proviseur, l'un de ces acteurs de second rôle dont on connaît la tête vue dans des dizaines de films en ne se rappelant jamais le nom car jouant toujours des rôles méchants, bêtes ou stupides.


Dans mon souvenir persistait une scène qui m'avait à l'époque ému, ému à pleurer, oui. Je suis comme ça.
Dans cette folle journée, Ferris traîne son ami Cameron et sa petite amie au Musée de Chicago. Déjà, vous me direz qu'il y a plus fun pour des adolescents que le musée. Justement... Ici, c'est déjà un indice de ce que la volonté de Ferris est celle d'une émancipation à la fois de l'adolescence mais aussi du genre filmique ! En quelques scènes, quelques plans fixes, le réalisateur nous montre des gamins soudain pris par le mystère d'une œuvre, le trouble qu'elle porte d'abord par une vision amusée puis soudain par une scène d'une beauté inouïe :



On s'étonne déjà que dans ce genre de film, le réalisateur prenne le temps, par des plans fixes, de nous montrer des œuvres d'art sans autre sujet qu'elles-mêmes. C'est bien une altération, un inattendu brisant ici la continuité du genre. John Hughes sait bien que cela troublera le public venu pour autre chose.
Puis en 14 plans fixes, alternant le regard de Cameron à la disparition du regard de l'enfant (oui...) dans le tableau de Seurat, Un Dimanche après-midi, à l'île de la Grande Jatte, John Hughes fait un travail cinématographique d'une puissance rare et d'une efficacité due sans doute à sa simplicité technique : une pure poésie. Le regard de Alan Ruck, parfait de jeunesse, chargé d'une vie en doute, surpris par la Beauté de l'Art, par son indéfinissable matérialité, fait le reste. Je me suis passé cette scène encore et encore tant je reconnais dans ce mouvement de l'âme, quelque chose de ma propre découverte de l'art.
Le reste du film déroule ainsi ce mystère offert par Ferris à son ami Cameron qui aura même du mal à reconnaître pour lui-même sa transformation. Il faut bien entendre et écouter les dialogues pour saisir que la plus belle bêtise de Ferris dans ce film c'est bien d'avoir offert à son copain Cameron, une nouvelle conscience de soi, la certitude que l'art est une manière de vivre. La folle journée de Ferris Bueller est un happening génial, une performance artistique dont la phase finale, violente dans ce qu'elle sous-entend du rapport au père, est l'apothéose fulminante. Là, je vous laisse découvrir...
Et si tout cela, la scène musicale, le jeu joyeux et burlesque des acteurs, la complicité avec le spectateur font un film appartenant à son genre, à son époque (1986), il nous donne le meilleur du cinéma américain : l'optimisme.
Alors, je vais ranger le DVD dans ma bibliothèque. Me restera la certitude que le cinéma américain dans ses genres les plus attendus, sait saisir avec intelligence et offrir avec générosité une perception juste de certains moments de conscience d'une vie qui s'éveille. Ce cinéma américain dans sa maîtrise du genre est le seul, je crois, apte à faire ainsi des films intelligents en ne faisant pas des films intellectuelsEt John Hughes, ici, libère un adolescent par un autre adolescent. Il fait grandir.
Merci.

Et un petit amusement supplémentaire...

mercredi 17 décembre 2014

La lithographie, la pédale et le vélo

Alors si vous en avez assez de voir les lithographies de votre serviteur uniquement par l'intermédiaire d'un écran, venez donc au Café Culturel de Guidoline à Rouen.
L'association Guidoline me fait l'honneur de m'offrir ses murs pour que vous puissiez voir les dernières lithographies.
Comme il n'y a pas la place pour accrocher les 110 lithographies (eh non !) Marc Hamandjian et moi-même avons décidé de ne montrer que les six dernières lithographies aquarellées (œuvres uniques sous cette forme) et une lithographie en noir (ici un multiple).
Bref !
On se fait plaisir !
Alors venez nombreux boire un verre, réparer votre vélo, parler virage et vitesse de pointe et entre Poulidor et Hirondelle, vous trouverez bien le temps de lire et regarder mon travail en espérant qu'il vous donne de la force pour mettre un gros braquet sur votre dérailleur.
On vous attend !
Je remercie vivement toute l'équipe sympathique de Guidoline pour cette chance.

Pour tout savoir sur Guidoline, allez sur ce site !
http://www.guidoline.com/





















lundi 6 octobre 2014

Mon écran s'écrit pierre

Je reçois ce matin de la part de Ianna Andréadis un catalogue qui fera sans doute date dans l'histoire de la lithographie en France.
Je vous explique.
Ce livre écrit par Franck Bordas s'intitule sobrement Un parcours imprimé. Chez nous, les lithographes, les artistes amoureux du multiple, ce nom résonne comme une mythologie solide, la preuve que nos moyens d'expression sont partagés par les artistes contemporains, que, en quelque sorte, nous vivons la lithographie solidement appuyés sur un héritage et sur une actualité.
Mais voilà...
Il se trouve que Franck Bordas après des années passées au service de cet art a décidé de faire faire à son atelier, qu'il nomme studio, le virage du numérique. Nous pourrions y voir une fin, un renoncement même et comme l'aveu que l'époque ne supporte plus que les écrans ne soient alimentés par autre chose que de l'électricité.
Pourtant, dans le ton, dans l'engagement incroyable face à l'édition, le moins que l'on puisse dire c'est que Franck Bordas n'abandonne rien ! Son histoire est ainsi faite d'une énergie toujours renouvelée qu'il puise dans une insatiable curiosité d'abord pour les artistes qu'il reçoit puis pour les questions qu'ils posent. C'est pour répondre aussi aux nouvelles exigences mais aussi en quête d'un nouveau terrain de jeu que Franck Bordas passe ainsi des matrices qui déposent aux machines qui crachent.
Pour ma part, excusez-moi, mais cela m'attriste tout de même un peu. Non pour lui qui n'a absolument pas besoin ni de mon avis ni de justification vu l'ampleur de son travail, mais pour quelque chose de secret, d'enfoui dans mon histoire personnelle et dans mon rapport à cet art. J'aimais, en quelque sorte savoir que chez Bordas, on usait encore les pierres.
Alors je ferai à mon tour de ma tristesse une énergie noire, de celle qui vous pousse encore une fois à croire que ce sur quoi vous projetez vos images est un écran : mon écran s'écrit pierre.
Dans le livre, on suit d'abord comme un listing ininterrompu les nombreuses collaborations de Franck Bordas et on en a le tournis tant la qualité des artistes, la quantité des publications, les désirs d'inventions sont à toutes les pages. Je me souviens de l'atelier mobile en Afrique qui m'avait à l'époque fait rêver. Puis vient une entrevue qui démontre une fois encore la place importante de l'imprimeur face à l'artiste, comment il faut à la fois être présent (rassurant...) et détaché pour que, toujours, ce soient les artistes qui décident et œuvrent. On trouve aussi de nombreuses photographies d'atelier, d'artistes au travail au milieu des presses et des pierres. C'est donc à la fois un ouvrage sur l'abandon et sur l'invention. C'est le tournant d'une histoire des arts imprimés en France. Souhaitons au Studio Bordas pour sa nouvelle ère numérique le même succès, la même ampleur que celle de l'ancien atelier. Il paraît que les pierres ont une mémoire. Le numérique aussi. Espérons que rien ne l'efface.
Merci Ianna pour cet envoi, comme quoi, les cartes postales, l'architecture croisent d'autres chemins.

On peut aussi se rendre à l'exposition De la pierre à l'écran, Studio Franck Bordas, Paris.
du 4 octobre au 11 janvier, du mardi au dimanche, de 10h à 18h.
Centre de la Gravure et de l'Image imprimée, La Louvière, Belgique.



Imprimerie Mourlot, Rue Barrault, 1977, photo de Franck Bordas :


Franck Bordas et Fernand Mourlot, photo Michelle Parra-Alédo :




Michael Woolwoorth, photo Michèle Parra-Alédo :


Cette presse est du même modèle que celle sur laquelle Philippe Martin réalisa de nombreuses épreuves à l'école des Beaux-Arts de Rouen. Presse qui va être sans doute détruite. Ici, presse à report, atelier Richebé, photo Ianna Andréadis :


Fernand Mourlot, Hervé di Rosa et Franck Bordas, tirage de Dirosland, 1985. Photo de Ianna Andréadis :


Une image qui me rappelle des souvenirs similaires ! Franck Bordas et Erika Greenberg, photo de Ianna Andréadis :


Pour Maximilien Vert, voici son ami Keith Haring en 1988. admirez le T-shirt ! Photo de Ianna Andréadis :







Suzanne Lafont, Situation Comedy, photo de Franck Bordas :


Lithographie de Pippo Lionni, photo de Franck Bordas :