Vous savez que j'aime tout particulièrement les livres du XIXème siècle contenant de belles gravures sur bois debout et cela finalement qu'importe le sujet.
Je vous ai déjà proposé de visiter les fonds marins et voici qu'aujourd'hui je vous propose une histoire naturelle orientée vers les animaux à coquilles !
Ce livre a pour titre Leçons élémentaires sur l'histoire naturelle des animaux par le Docteur J. C. Chenu. Le volume dans un état assez médiocre (mouillures et quelques déchirures) est imprimé en 1847 à Paris.
On trouve dès la première page le terme de Conchyliologie.
Un nombre incroyable d'illustrations jalonnent l'ouvrage et toutes offrent cette volonté objective, ce désir descriptif parfait. Pour ce faire, les animaux sont dégagés de leur environnement et n'ont comme décor que le blanc de la feuille de papier.
Mais restent les qualités évidentes de ce type de dessin, la magnifique traduction graphique du ou des graveurs et surtout toujours cette jubilation formelle, cette diversité étrange parfois incongrue qui fascine comme une matière inconnue que l'on retrouve si habilement utilisée chez Max Ernst par exemple.
On n'oubliera pas non plus de penser à Jacques Ramondot dont le travail de gravure a pris si souvent naissance dans l'observation et la dégustation de ces coquillages !
A la fin du livre quelques planches en couleur d'une subtilité magnifique sont contrariées par une trace d'humidité qui vient comme finalement un ressac nous rappeler l'origine souvent marine de ces coquillages...
Réaliser un complément aux illustrations du dictionnaire Larousse de mon enfance. Donner aux mots qui n'ont pas d'image une illustration. L'ensemble est édité en lithographie par mes soins depuis 1994.
dimanche 12 juin 2011
vendredi 10 juin 2011
la machine à capter la pensée par A. Clouet

Dans ma bibliothèque depuis un bon moment déjà, je me souviens surtout avoir acheté ce petit fascicule pour sa couverture au dessin vraiment évocateur de Métropolis de Fritz Lang.
Des lampes, des compteurs, des rouages forment une étrange machine qui placée sur la tête d'une personne permet par un larynx artificiel (oui) d'entendre la pensée de celui-ci.
Bon.
L'auteur A. Clouet ne marqua pas les arcanes du genre même si elle ne manque pas de citer dès les premières pages ces illustres aînés comme Wells, Verne et Poe et le livre lu même en diagonale ne vous tire pas de l'ennui d'une histoire voulant méler jugement moral, pratiques médicales et sélénites envahissant la terre...
Vous ajoutez une histoire d'amour entre Yvonne la fille du l'inventeur fou et son aide de laboratoire et vous aurez une idée de ce remarquable ouvrage !
Reste tout de même un désir pour un dessinateur celui de voir grâce à une telle mécanique ses images mentales passer directement dans le réel avec le risque que la mécanique ne sache ni calmer ni interpréter (une distance) ce que la main sait laisser sur le papier.
Mon exemplaire est passablement dévoré par un ver qui laisse une sorte de caviardage hasardeux dans les pages. Certainement le plus beau dessin de ce petit fascicule, son plus beau texte aussi...
mercredi 8 juin 2011
presque plus de E...

Encore une comme ça et je crois bien que j'aurai fini la lettre E.
Le tirage s'est bien passé avec juste un petit épisode d'encrassement vite repris à la gomme acidulée.
Débuté à 8h30 le tirage des vingt feuilles était achevé à midi !
Et je suis toujours étonné que ça marche !
Pourtant la pierre a très largement patienté cette fois...
Allez ! Pas le temps de tergiverser, il faut se remettre au travail, donc au dessin.
Pour vos yeux émerveillés (si si) voici des images de la dernière planche. Elle est tout humide...
dimanche 5 juin 2011
Nell Dorr

Vendredi, j'ai préparé la pierre qui attendait depuis un mois...
A ce rythme je n'ai pas fini tout de suite !
Mais j'ai décidé de revenir à mon énergie.
L'architecture attendra maintenant.
Alors dès la semaine prochaine, une suée salvatrice viendra donner au monde une estampe de plus, un paquet de feuilles encrées qui rejoindra le tiroir de métal.
En attendant je vous propose de poursuivre un peu l'exploration de ma bibliothèque et de quelques livres que j'aime tout particulièrement.
Aujourd'hui "Mother and Child" de Nell Dorr.
Je vous préviens immédiatement, il s'agit d'un petit bijou. Édité en 1954, ce livre dans une héliogravure absolument magnifique nous offre des photographies subtiles établissant un regard pictorialiste sur les relations entre mères et enfants. Mais au-delà de la thématique, il s'agit surtout de photographies et de livre. La mise en page jouant parfaitement des contrastes de cadrage et de charge des noirs et blancs forment une sorte d'ode poétique.
C'est simplement émouvant, presque trop.
L'auteur va jusqu'à l'aplat noir tirant les figures et les gestes comme d'une nuit amoureuse.
Nell Dorr réalise ici un monument à l'héliogravure. On regrette aujourd'hui que trop peu de livres de photographies soient imprimés de la sorte.
Pour l'anecdote, il s'agit de l'édition en couverture rigide de 1954 chez Harper et cerise sur le gâteau j'ai chiné ce livre chez Emmaüs...
Attention les yeux !
samedi 4 juin 2011
Fabuleux Fabula Graphica
"Fabula Graphica" est une exposition qui se tient actuellement dans les grandes galeries de l'école des Beaux-Arts de Rouen.
Stéphane Carrayrou qui en est le commissaire a réuni d'une manière subtile et ambitieuse des œuvres d'artistes qui tous utilisent le dessin comme vecteur de leur imaginaire, de leurs découvertes.
L'exposition est superbe.
On y trouve des originaux de Jochen Gerner absolument magnifiques dont il ne faut pas manquer de voir la parfaite maîtrise oscillant toujours entre une bande dessinée détachée d'une narration et des dessins à programme.
Les dessins incroyablement délicats de Jean-Jacques Rullier offrent l'occasion aussi de comprendre comment une représentation mentale d'un espace peut par le dessin rejoindre celui de la page.
On redécouvre aussi François Bouillon avec de très belles et étranges peintures sous plexiglas qui dialoguent remarquablement avec les lithographies de Barthélémy Togo.
Dans le texte de présentation, texte d'une grande limpidité, Stéphane Carrayrou site un texte de Barthélémy Togo sur son approche de la lithographie :
"Avec la litho, il y a un travail de sensation, car je travaille beaucoup avec les mains libres au contact de la pierre ; j'en caresse la surface de mes doigts, d'un geste ramassé, avec de l'eau et de la couleur, en insistant délicatement sur les parties sensibles. (...) C'est comme un mixage avec des disques vinyles. Le résultat est comme une étendue d'océan qui révèle des îlots, des archipels ou une étendue de désert qui dévoile des oasis. (...) Tout est uni et cadencé comme une partition d'orchestre. L'émotion forte éveille d'abord l'esprit, puis entraîne le mouvement, qui produira ensuite la forme et va enfin procurer le plaisir, la jouissance du regard, bref la contemplation de la beauté."
Mais je découvre aussi les très beaux dessins de Gabrielle Manglou. Ils sont absolument saisissants et condensent un esprit surréalisant avec des vues d'esprits (spirites ?) dans la délicatesse d'une aquarelle ouverte et maîtrisée. Quel plaisir !
Se joignent encore Frédéric Bruly Bouabré, Huang Yong Ping, Nedko Solakov et Henk Visch.
Tous dialoguent, se répondent et forment ici une cohérence d'accrochage rare aujourd'hui.
Preuve qu'il est possible dans certaines écoles d'art d'une ambition, d'une réflexion et surtout d'une grande générosité envers le public. L'exposition est gratuite et ouverte à tous.
Allez-y, ne la manquez pas.
"Fabula Graphica 3"
"Vision d'un monde créolisé"
jusqu'au 3 septembre 2011.
Grandes Galeries de l'école Régionale des Beaux-Arts de Rouen. Aître Saint Maclou.
Du mardi au samedi.
Jochen Gerner :
lundi 4 avril 2011
Cioran, centenaire, revoir, relire.


Alors que je termine d'écrire les mots sur ma pierre pour pouvoir enfin faire une préparation et un tirage, j'entends à la radio qu'il est temps de fêter le centenaire de la naissance de Cioran.
Me revient à la mémoire, le travail que j'avais effectué alors que j'étais étudiant aux beaux-Arts de Rouen, travail réalisé en quelque sorte sur l'impulsion même du philosophe.
Je faisais (et fais encore) de mes lectures l'occasion de travaux plastiques et lecteur assidu de Cioran, je décidai de le prendre au mot.
Dans Aveux et Anathèmes à la page 112 Cioran écrit :
"Démosthène copia de sa main huit fois Thucydide. C'est comme cela que l'on apprend une langue. Il faudrait avoir le courage de traduire tous les livres que l'on aime."
Prenant le verbe traduire dans son sens le plus large, je décidai de suivre Cioran et je recopiai à la main sur l'ouvrage même son texte.
Cela me demanda quelques heures...
Il s'agissait aussi, d'une certaine manière, de faire trace de la lecture, sorte d'enregistrement plastique me permettant de ne pas douter de celle-ci.
Aujourd'hui le cynisme de Cioran me touche moins et même m'horripile un peu.
Et le à quoi bon d'une existence ne me sert plus.
Au contraire, j'aime croire finalement que l'action est jubilatoire et tout aussi efficace. Je n'ai plus besoin de ce puits sans fond du désespoir.
Depuis je ne lis plus Cioran et je ne le traduis plus non plus.
Mais pourtant, il m'arrive encore parfois, comme un regret, une nostalgie, de penser à la force qu'il m'a donné et finalement ce petit écart sur le côté du Monde offre parfois l'occasion de mieux sauter dedans.
(pour mieux voir et mieux lire, cliquez sur les pages)
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